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Pourquoi je ne prendrai pas l’avion en 2019

Je n’apprendrai rien à personne, je suis un fervent amateur de voyage. Pas pour rien que je co-administre ce blogue! Dans les 3 dernières années, j’ai « visité » une vingtaine de pays sur 4 continents et je me suis présenté à la plateforme d’embarquement de pas moins de 12 vols en comptant les escales. Je mets visiter entre guillemets, car, pour certaines destinations, le mot est fort lorsqu’on se trouve moins d’une semaine entre deux frontières. Me considérant comme un militant écologiste, je ne me suis pourtant jamais réellement senti coupable de prendre l’avion aussi souvent. Peut-être parce que je ne connaissais pas vraiment la valeur de l’empreinte carbone d’un vol? Peut-être parce que je me disais qu’après tout, la majorité de mes déplacements passaient par la voie terrestre en auto-stop? Ou peut-être même que je considérais la découverte de nouvelles cultures une action bien trop noble pour penser à mon empreinte écologique! C’est cependant en tombant l’autre fois sur les commentaires d’une publication sur un groupe Facebook de voyageurs backpack que ma réflexion s’est enclenchée. Ah les commentaires sur Facebook! Tellement empreint de haine et de condescendance qu’on ne peut s’empêcher des lires… Ça fait du bien, on dirais, rager sur la rage des autres… La publication portait sur un article expliquant le défi de deux Suédoises à l’origine du mouvement « We stay on the ground ». C’est bien simple, tenter de ne pas prendre l’avion en 2019 par souci environnemental. « Chiche de ne pas prendre l’avion en 2019? », le titre de l’article. Les commentaires fusaient de partout. Plusieurs en accord, mais une grande majorité qui était visiblement outrée qu’on les blâme encore du réchauffement climatique, ces pauvres occidentaux de la classe moyenne victime de leurs privilèges. Est-ce raisonnable de sacrifier ses loisirs et ses expériences au nom de la sacro-sainte écologie?

avion

L’impact du tourisme

C’est quand même une pilule asser dure à avaler. Ayant le cœur aussi vert qu’un militant de Greenpeace qui s’enchaîne à un réacteur nucléaire, je me trouve en pleine contradiction dans mes valeurs. Découvrir les moindres recoins du monde, et reconnaître qu’en 2019, c’est loin d’être une avenue viable au point de vue écologique. Plusieurs de mes amis voyageurs et écolos sont eux aussi malheureusement dans le même bateau (ou avion) que moi. Je dois néanmoins voir la réalité en face…

Je prends un exemple facile pour nos snowbirds. Let’s do the math, un allé-retour en vol direct pour se rendre à Cuba depuis Montréal te fait émettre à toi seul de 1,4 à 2,4 tonnes de C02. À titre de comparaison, les chercheurs de l’IRIS estiment que le Québec ne devrait pas produire plus de 1,4 T de C02 par habitant et par année en 2050 pour respecter l’objectif d’un réchauffement climatique maximal de 2 °C d’ici 2100. Dans un monde où 127 passagers en moyenne prennent l’avion par seconde, la facture climatique augmente assez rapidement merci.

127 passagers en moyenne prennent l’avion par seconde

Tout ça, c’est sans compter l’impact écologique et social du tourisme une fois à destination. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, la majorité des pays qui possèdent des récifs coralliens se plaignent des dommages causés à leur écosystème par les déchets des voyageurs. Les villes avec un littoral voient leurs plages se faire privatiser par les grandes chaînes hôtelières, qui eux-mêmes proposent aux vacanciers terrains de golf et piscines dans des pays assoiffés où l’on peine à trouver de l’eau potable. Tourisme sexuel, ça vous dit quelque chose? Cette pratique correspond à 10 % des déplacements touristiques dans le monde. Ah oui! J’ai failli oublier d’ajouter que l’industrie du voyage compte pour presque 10 % des GES au niveau mondial.

L’acropole des draveurs dans Charlevoix Source: Flickr Mariette Hamel

Consommer l’expérience par l’avion

Par contre, le voyage, surtout backpack, c’est une tendance propre à nous les milléniaux. Je « scroll » sur mon feed Instagram et c’est juste ça que je voie des photos à Bali ou en Grèce, où la ligne est mince pour ne pas ajouter en caption « #ODtrip ». Nous, voyageurs de la génération Facebook, paraissons cependant moins consommateur en proclamant que nous ne conduisons pas de voiture de l’année ou ne possédons pas de TV 63 po ou whatever parce qu’on veut économiser pour notre prochain trip plutôt que pour notre vie plate dans notre société plate. C’est plus vertueux non? Nous milléniaux, préférons vivre des expériences plutôt que de consommer du matériel hihi #nofilter… Et si je te disais que le voyage, ben c’est aussi de la consommation! Les compagnies aériennes se disputant des prix compétitifs pour notre billet d’avion, les hôtels et les auberges se concurrencent sur hostelworld pour nous donner la meilleure atmosphère de voyage à meilleur prix avec en prime des partys tous les soirs en compagnie d’autres jeunes touristes d’Australie, du UK, de la France, mais qui sont tous exactement comme nous yééé #hostellife! Les influenceurs que l’on suit sur Insta ou sur YouTube sont payés par des compagnies touristiques pour nous vendre du rêve et nous faire acheter le prochain vol en Thaïlande pour popper de la Molly dans un beach party #highonlife.

On dit de nous touristes backpack autrement appelés voyageurs itinérants qu’on se distingue des autres touristes par notre quête de liberté, d’aventure, indépendants de l’industrie touristique et des tours organisés. Nous sommes en fuites de la société conformiste. Nous voulons aller à la rencontre de l’inconnu et nous immiscer dans la vie des locaux. Est-ce vraiment le cas lorsque nous tous les backpackers nous rejoignons aux mêmes endroits, guidés par le routard ou le lonely planet, participant aux mêmes évènements et empruntant les mêmes itinéraires pour visiter les mêmes attraits? Le plus drôle c’est qu’on a presque tous été porté par l’histoire légendaire de Christopher McCandless en plein périple à la Into the wild. Nous ne nous distinguons pas des touristes organisés, c’est l’industrie touristique qui a simplement évolué pour nous accommoder intrépides globetrotteurs.

Les légendaires ruelles du vieux Québec

C’est quoi mieux voyager?

Maudite bonne question, et elle s’apparente énormément à « sommes nous prêt à sacrifier notre confort et notre mode de vie pour notre espace de vie? ». Cette question revient étrangement dans tous les débats sur notre avenir dans un contexte de changement climatique. Le premier concept populaire dans le milieu du voyage éco responsable, c’est le slow travel. Au lieu de partir en vacances de 1 à 2 semaines, c’est prendre son temps et visiter le même pays pendant AU MOINS un mois. Éviter de se payer 2-3 voyages dans son année pour en faire un gros. Ça économise l’utilisation d’avion, nous permet de nous immerger dans la culture et c’est aussi mieux pour la santé mentale puisqu’on y va tranquille.

« sommes nous prêt à sacrifier notre confort et notre mode de vie pour notre espace de vie? »

Seulement, ce n’est pas tout le monde qui peut se permettre dans le train quotidien de la société de croissance économique de voyager lentement. Un des commentaires sur l’article que je mentionnais affichait justement; « Et pour ceux qui ont un boulot et pas beaucoup de temps, ils font comment? Ils vont se contenter de l’Ardèche et du Cotentin?”. Et bien si tu ne peux te trouver une autre carrière qui te donne la possibilité de pratiquer ta passion du voyage, l’Ardèche et le Cotentin c’est cool aussi! Le voyage était autrefois réservé à la bourgeoisie et la noblesse et c’est sa commercialisation qui a permis aux masses de voyager autant en apportant du même coup son lot de problèmes. Ce qui était auparavant une activité qui nous sortait de notre zone de confort y est maintenant lié. On transpose le confort au-delà de la zone.

Justement, parlons-en de l’Ardèche et du Cotentin! Nous avons beaucoup trop souvent tendance à voyager à l’étranger. Certaines personnes connaissent mieux leur destination préférée que leur propre pays… Ça parait bien d’aller à l’autre bout du monde. Il est question ici de prestige des kilomètres qui est devenu une nouvelle forme de reconnaissance sociale. Puisqu’on incite souvent d’encourager nos commerces locaux, pourquoi ne pas privilégier le tourisme local? Nous avons tellement de magnifiques régions à explorer au Québec qu’il serait dommage de passer à côté alors qu’elles sont si près. Ok, l’eau est pas mal plus froide que dans le sud, mais au moins ça rapproche de nos racines sans avion!

prestige des kilomètres qui est devenu une nouvelle forme de reconnaissance sociale.

Le Kamouraska en automne

Le Kamouraska en automne

Je suis conscient que plusieurs trouveront ces idées trop radicales et qu’ils ne verront pas le but de faire ces efforts qui, aux finales, n’en sont pas vraiment. Pour réduire son empreinte écologique en voyage, d’autres solutions moins contraignantes existent. Acheter des produits régionaux dans les pays visités en est une de préférence puisque tu contribues à l’économie locale des communautés rencontrées. Ensuite, tente de prendre moins d’escales lors de l’achat de ton billet. Oui ça revient plus cher, mais c’est tellement stupide d’avoir à passer par Edmonton pour un vol Montréal-Londres afin économiser une centaine de dollars (fait vécu). Pour le logement, priorise les petits établissements locaux plutôt que les chaînes d’auberge de jeunesse ou d’hôtels et tente même l’expérience de l’hébergement collaboratif comme couchsurfing. Je te jure que tu vas triper! Pour le reste, c’est comme à la maison. Réduire son émission de déchet, prendre le transport en commun ou le vélo au lieu de louer une voiture, etc. Ce sont tous des gestes simples qui te permettront de voyager la conscience un peu plus tranquille.

Notre responsabilité

Pour conclure, cet article n’est pas une leçon de morale écrite par un gourou de l’écologie aux pattes blanches. Comme je l’ai dit au début, j’ai déjà été un obnubilé par le rêve du tour du monde en 80 jours qui consomme les destinations les unes après les autres. Ce rêve de voir le monde tient toujours, seulement, un tel projet à ce rythme de vie durera une existence entière. Avec Your Wonderland, notre voyage transaméricain en auto-stop, ça se résume un peu à ça. Vivre simplement un périple interminable et choisir le mode de vie venant avec lui. Certains diront qu’on devrait arrêter de mettre la responsabilité écologique sur le dos de la classe moyenne pour en mettre plus aux grandes entreprises. Ce n’est pas faux, mais quand l’industrie ralentira, est-ce que la masse acceptera de vivre avec moins? Est-ce qu’elle embarquera dans cette marche plus lente? Le changement vient de toute la collectivité et je crois que la responsabilité repose sur chacun à son échelle. D’ici là, en 2019 je ne prendrai pas l’avion.

2 comments

  1. Très inspirant shancizo! Ce texte arrive dans un moment plus que parfait…. Dans un monde ou je me demandais si je devais prendre l’avion ou faire du pouce. Merci de m’avoir ouvert les yeux je n’y avais jamais penser.

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