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Chapitre 1, les premiers kilomètres d’une longue route

Sunset sur le fleuve

Nous partons en ce mercredi matin pluvieux… crissment pluvieux…. le genre de pluvieux qui te mouille les bas juste en regardant par la fenêtre. Ça fait deux jours qu’on trie et paquetons nos trucs, mais nous n’avons toujours pas terminé 10 minutes avant de partir, trop énervé à penser à ce dont on oublie. Nous avions 6 mois pour nous préparer pourtant! On enveloppe nos sacs de nos housses hydrofuges et nous nous couvrons de nos imperméables, prenons une photo de nos misérables têtes joyeuses sous la pluie et nous voilà en route pour l’autoroute 30 à Saint-Hubert.

Nous avons gribouillé « Drummond » sur un bout de carton indiquant notre destination, mais dans l’intervalle pour arriver au point d’embarquement on ne pouvait plus y lire grand-chose. Étrange de se rendre à Drummondville comme première destination lorsque tu te diriges vers Ushuaïa. C’est un contraste d’exotisme plutôt marquant, mais c’était le temps de faire les au revoir à la famille avant de partir sur la route définitivement. À Drummondville, c’était mon frère qui venait d’emménager dans son premier appartement. Dire qu’il y a un peu plus de 4 ans, je me trouvais dans sa position à me questionner sur mon avenir et aujourd’hui, et bien… mon avenir est empreint d’incertitude, mais j’aime ça on dirait!

mon avenir est empreint d’incertitude, mais j’aime ça on dirait!

À l’entrée de la 30, ça n’a pas pris 10 minutes qu’enfin un conducteur s’arrête pour nous sortir du déluge. Le premier d’une très longue série à venir. Il s’appelait Yannick, un Gaspésien d’origine qui s’est installé à Montréal, un homme jovial qui donnera le ton au reste du trip. Il nous laisse à Saint-Bruno à l’entrée de la 20, l’autoroute qui nous mènera à l’est. 2 rides plus tard, nous nous trouvions chez mon frère pour une nuit. Puis, le lendemain, direction Sainte-Anne de Beaupré pour un court séjour chez ma mère et mes grands-parents. On ne s’est pas beaucoup vu durant l’hiver étant donné que nous étions à Montréal. Nous sommes encore une fois un pied dans la porte prêt à repartir. C’est un des points négatifs de ce mode de vie malgré toute l’excitation que cela peut apporter. Devoir être que de passage en permanence. Parler plus souvent sur FaceTime qu’en vrai. Sentir un détachement avec ses proches. Le bon côté, c’est que chaque opportunité de se rencontrer devient justement un moment d’occasion où l’on prépare de grands soupers et l’on festoie. Chez mon oncle que je ne vois qu’une seule fois par année, ça s’est terminé à 4 heures du matin et les bouteilles de vin ont coulées à flots. Des évènements mémorables… ou pas.

Le matin du lundi 29 avril, date officieuse de notre départ, l’au revoir a été difficile avec ma mère qui me le fît pour une 4e lourde fois. C’est effectivement mon 4e voyage longue durée. On se serre dans nos bras, une caresse dans le dos qui aurait pu s’étirer à l’infini. Des larmes coulent. Fais attention, soit prudent, n’embarque pas avec n’importe qui. Des paroles qui peuvent sembler ironique lorsqu’on se lance dans la gueule du loup tel que nous le faisons, mais… quoi dire d’autres? C’est le pire cauchemar d’une maman insécure de voir son enfant prendre la route comme un écervelé naïf parcourir 50 000 km en auto-stop dans les pays les plus dangereux du monde. Mais elle comprend et ne veut que mon bonheur. Ça, c’est de l’amour.

Fais attention, soit prudent, n’embarque pas avec n’importe qui. Des paroles qui peuvent sembler ironique lorsqu’on se lance dans la gueule du loup tel que nous le faisons, mais… quoi dire d’autres?

Prochain arrêt, la région de L’Islet. « C’est où ça? » tel est le blason de la MRC. C’est aussi là où j’ai grandi dans le fond du deuxième rang dans une belle maison de campagne avec un terrain grandeur d’un champ sur lequel jouer. Nous sommes allés voir des amis pour un autre grand festin et boire les divines bières de micro de la région. Le lendemain, nous sommes allés déjeuner avec mon père. Ensuite, nous sommes partis passer quelques jours chez mon ami Thibaud à Saint-Roch des Aulnais pour avoir le temps de voir tous les gens à qui je voulais dire salut. Pour compléter le séjour dans la région, nous avons pris la route de Saint-Pascal dans le Kamouraska pour tourner notre prochaine vidéo Changemaker sur les initiatives québécoises. Celle-ci portera sur Entomo DSP, la première ferme d’élevage de grillon à grande échelle au Québec. Nous avons pu visiter les lieux et même goûter aux insectes. Une expérience exotique c’est le moins que l’on puisse dire!

La route continue en direction de Rivière-du-Loup pour rejoindre mon ami Alex qui nous amènera chez lui à Rimouski. Jusqu’ici, le stop fut très facile. Nous avons rarement attendu plus que 10 minutes. Cette fois-ci, nous avons tenté l’expérience par la 132 à La Pocatière. Ce n’était pas une très bonne idée malgré que la 132 offre un panorama bien plus scénique que l’affreuse autoroute 20. Nous avons patienté près d’une heure… Le problème, c’est que la route à cet endroit-ci ne sert qu’aux personnes parcourant de courtes distances. Qui est assez motivé pour conduire 80 km dans une zone qui fluctue entre 30 et 70 km/h? Alex s’y trouvait déjà donc nous avons changé de cap et avons pris le chemin de l’autoroute. 2 rides, 15 minutes d’attente en tout, nous avons rejoint Rivière-du-Loup rapidement.

Une autre soirée entre amis, un autre souper grandiose. Fondue chinoise et crevettes. Qui a dit qu’on ne mangeait pas bien en voyage? Une nuit bien reposante avant de reprendre une nouvelle fois la route direction Sainte-Anne-des-Monts où nous avions rendez-vous avec d’autres potes à l’auberge festive Sea Shack. Nous faisons enfin notre entrée en Gaspésie et ses fameuses routes de bord de mer où la chaîne du Bouclier canadien se perd à l’horizon. Des petites maisons colorées de style marin se succèdent face à l’eau bleue de l’estuaire du Saint-Laurent. Fin d’après midi, nous arrivons, nos amis nous attendent déjà saouls sur la terrasse, bière à la main. Le Sea Shack, c’est la place à aller dans ton road trip estivale en Gaspésie. C’est une auberge sur le bord de mer offrant des hébergements en chalet rustique et en yourte où il fait bon vivre et fêter. Nous avons loué un refuge pour 7 personnes avec vue imprenable sur le fleuve à l’occasion de l’ouverture de la saison. Koriass jouait à ce moment-là pour une soirée absolument épique. À notre retour, je prévois organiser des retrouvailles annuelles Sea Shack!

Nous avons pris une deuxième nuit pour relaxer et travailler sur notre contenu. C’est quelque chose dont nous connaissons de la difficulté à nous adapter, concilier le travail et le voyage. Ce n’est pas comme si nous étions en vacances malgré que nous en a une impression très forte après l’hiver que nous avons eu. Il faut profiter du moment présent tout en ne perdant pas de vue le projet que nous avons qui correspond littéralement à une job à temps plein. Ce n’est pas chose facile!

C’est quelque chose dont nous connaissons de la difficulté à nous adapter, concilier le travail et le voyage.

Près de deux semaines après notre départ, nous quittons nos amis pour nous diriger un peu plus vers l’est. Nous avons trouvé un hôte couchsurfing tout près de Gaspé pour passer les trois prochaines nuits. Nous avons pris la journée pour tracer les deux heures qui nous séparaient de chez lui. Ça nous a donné le temps d’admirer le paysage et de visiter le phare patrimonial de rivière Madeleine. Une fois à destination en fin d’après-midi, nous tombons face à un ravissant chalet dans la forêt qui se révèlera être notre hébergement.

À 45 minutes de Gaspé, sur la 132 habite Azellus, un gentil énergumène qui s’est bâti une petite maison au pied d’une montagne. Le drapeau LGBT flotte fièrement au-dessus de l’entrée de sa terre, le mignon édifice turquoise aux volets rouge attire le regard. Des poules en liberté se promènent sur son terrain jonché çà et là de cannettes de Black Label et de planches de deux par quatre, gage d’un travail qui n’est pas encore terminé. Il n’est pas là, la porte n’est pas barrée comme il nous a prévenus, on entre et l’on s’installe dans son unique pièce aux allures de campement de chasseur. L’eau doit s’actionner par une pompe reliée à une génératrice au gaz à l’extérieur qui doit être démarré chaque fois que l’on veut ouvrir le robinet. Elle doit aussi être chauffée sur le feu pour la vaisselle et la douche fonctionne grâce à un moteur d’essuie-glace de camion. J’aime ça, une belle expérience de Couchsurfing rustique en plein cœur de la Gaspésie! Je reçois un appel d’Azellus un peu après notre arrivée. Il est sur la route, mais il me demande un petit service. Une poule est morte dans le poulailler et je dois aller la sortir avant que les autres ne la mangent. Tout un accueil, mais ça ne me dérange pas. Je prends des gants, les bottes de rubber et je m’en vais à la tâche. Je lance de la moulée aux poules et surtout au coq protecteur pour les divertir et je sors la carcasse de son enclos. La vie de ferme me manque on dirait bien!

Azellus fait finalement son arrivée. C’est un petit bonhomme dans la quarantaine super social. Il nous offre une bière et on discute sur son balcon. C’est un habitué du couchsurfing et il héberge des gens à longueur d’année. Touche à tout, il tente l’autosuffisance sur son domaine. Des panneaux solaires installés sur sa cabane lui suffisent pour son énergie, presque tous ses matériaux sont recyclés et l’été, il pratique la permaculture. Un bon sujet pour une vidéo avons-nous pensé moi et Roxanne, mais il n’est vraiment pas à l’aise devant la caméra. Pas grave! Plus tard en soirée, 4 autres couchsurfers se sont joints à nous. 4 Français qui viennent de terminer leur session à l’étranger en cinéma se sont embarqués sur un road trip en Gaspésie et prévoient passer le même séjour que nous. Les 4 jours s’annoncent mouvementés!

Ça commence avec une journée à explorer le parc Forillon en voiture. La température n’était pas très clémente, mais ça a tout de même été agréable. Le début mai en Gaspésie était loin de ce à quoi nous nous attendions. Beaucoup, beaucoup de neige, il y avait encore quasiment autant qu’à Montréal en Mars. Le thermomètre oscille entre 5 et 10 degrés en plein jour donc ce n’est vraiment pas le temps de camper. Rien n’est déjà ouvert comme activité alors nous faisons avec ce que nous avons. Azellus nous apporte même sur un bateau de pêcheur pour nous faire visiter au port de Rivière-au-Renard. Pour le repas, nous sommes allés acheter du homard et des crevettes pour notre premier véritable souper gaspésien. Un vrai festin!

Les deux jours suivants, nous avons exploré un peu la ville de Gaspé et nous avons travaillé au café des artistes, un très bon restaurant sur le bord de la baie. Le zéro-déchet c’est un autre aspect de notre projet que nous avons du mal à nous adapter. Les aliments en vrac sont loin de se montrer disponibles n’importe où, ça, nous le savions. Mais de prendre le temps de bien identifier et d’aller aux endroits où nous pouvons amener nos propres contenants ça reste une chose difficile qui a résulté de frictions entre nous deux. Faire du dumpster diving est une autre activité qui doit entrer dans notre horaire chargé. À quel point sommes-nous prêts à sacrifier le temps de voyage pour éviter les emballages? Selon moi, tout est dans l’organisation de notre routine et l’adaptation se fera en cour de route. C’est étrange quand même de mettre les mots routine et voyage dans le même paragraphe!

À quel point sommes-nous prêts à sacrifier le temps de voyage pour éviter les emballages? Selon moi, tout est dans l’organisation de notre routine et l’adaptation se fera en cour de route.

Après 3 nuits chez notre hôte, nous quittons pour l’auberge Griffon aventure à L’Anse-au-Griffon tout près du parc national Forillon. Nous disposons de deux nuits, mais la pluie ralentit nos ardeurs d’exploration. Nous faisons aussi face à un autre dilemme. Comme expliqué dans notre vidéo sur les assurances voyage, nous avons besoin de l’assurance maladie du Québec pour avoir une assurance à prix raisonnable. Cependant, nous devons rester au moins 180 jours sur le territoire du Québec par année pour continuer d’y avoir accès. Si l’on veut éviter de payer plus de 100 $ d’assurance mensuelle pour les 6 prochains, il nous la faut et c’est pour cette raison que nous devons arrêté notre route pour rester encore un mois et demi au Québec afin de garder la RAMQ.

Cela dit, une occasion s’est présentée à nous chez Griffon aventure. Ils cherchaient des volontaires supplémentaires pour l’ouverture de la saison. Logé et nourris en échange de 32 heures de travail par semaine dans une superbe ambiance d’auberge de jeunesse, c’est un deal! Oui, nous devons encore nous poser quelque part pour un moment, mais ça nous permet d’explorer en profondeur cette région du Québec et d’en ressortir avec des souvenirs inestimables.

La suite à découvrir au prochain chapitre! La beauté de la chose, c’est que nous ne la connaissons pas encore nous-même.

Volontariat chez Griffon aventure

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