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Chapitre 2, Une auberge paradisiaque en Gaspésie

La gang de l'auberge au Mont Saint-Alban

Nous étions parties depuis 2 semaines en vadrouille de Montréal où nous avons faits escale de proche en proche, derniers au revoir qui nous lançaient telles des catapultes vers notre destinée. Longer le Saint-Laurent dans le sens du courant nous donne l’impression de sortir de la gorge du Québec et de nous propulser vers le reste de cette glorieuse Amérique. L’élan était pris, mais encore fallait-il que nous soyons lestés de notre fardeau bureaucratique. Pour garder notre assurance maladie et ainsi avoir accès à une assurance voyage abordable, il nous manquait 42 des 183 jours en terre québécoise en 2019. Notre enthousiasme de découvrir de nouveaux territoires devait donc ralentir afin de se résigner à explorer la belle province. L’auberge Griffon aventure s’est mise sur notre chemin au bon moment. Lors de notre passage, le premier de l’année pour l’hébergement, une opportunité en or s’est dessinée pour que nous puissions y faire du volontariat. Quelques employés s’étaient désistés à la dernière minute et, de notre côté, nous avons bien cliqué avec la gang qui s’y trouvait déjà. Nous l’avons saisi et nous y avons proposé nos services. – « Combien de temps vous avez? » Nous demande Antoine le coproprio. – « 5 ou 6 semaines! » répondit-on enthousiastes. Il sourit à pleine dent, surpris, mais soulagé d’avoir trouvé des téméraires pour le dépanner. « Yessir, bienvenue dans l’équipe! »

Volontariat chez Griffon aventure
La gang de Griffon aventure durant les premières semaines!

Griffon aventure, c’est une des auberges de jeunesse les plus prisées de Gaspésie. Perché au-dessus d’une falaise donnant sur le golfe du Saint-Laurent, c’est un véritable pôle touristique dans le secteur du parc national Forillon. 2 frères nommés Antoine et Olivier Bazinet ont commencé le projet il y a près de 15 ans. De débuts modestes, se concentrant de prime à bord sur les activités de plein air, l’auberge fit son nom et pris la forme qu’elle possède aujourd’hui tout en gardant son aspect rustique. Les hébergements sont séparés du bâtiment principal où se trouve l’accueil et la cuisine et c’est possible d’y séjourner dans des cabanes, chalets, refuges, prêts-à-camper qui confèrent une atmosphère décontractée en milieu naturel. Ils ont même réaménagé un vieux crabier, le Griffon, qu’ils ont sorti de l’eau pour le transformer en hébergement insolite. C’est un endroit absolument scénique où s’arrêter dormir lors d’un roadtrip en Gaspésie. À l’instar du Sea Shack qui a bâti sa réputation sur ses spectacles et ses partys, l’auberge Griffon est réputé pour son ambiance plus familial tout en gardant une clientèle jeune. Ses activités telles que le canyoning, sorte de sortie d’exploration de canyons, et la pêche en mer sur le vaillant balbuzard nous amènent dans l’univers sauvage de la côte gaspésienne. Ne sous-estime surtout pas cependant son caractère festif avec son bar en forme de bateau voguant sur une marée de fêtards qui s’abreuvent de délicieuses boissons houblonnées et maltées, la plupart provenant des nombreuses microbrasseries gaspésiennes. En boire tout en étant accompagné de nouvelles rencontres autour d’un feu de camp au son d’une guitare qui joue du Jean Leloup nous fait réaliser que l’été est bien commencé.

Ces gens que nous avons rencontrés, ce sont toutes des personnes avec qui nous avons tout de suite trouvé des atomes crochus. Nous avons commencé le séjour à seulement 5 dans l’équipe. Le mois de mai était froid en Gaspésie, particulièrement froid pour ce temps de l’année. C’est aussi une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de prolonger notre passage pour pouvoir faire l’expérience d’une Gaspésie plus radieuse sous le soleil. N’empêche que les âmes chaleureuses qui se trouvaient chez Griffon aventure ont réchauffées nos petits cœurs tristes d’être loin de nos familles et amis. Camille et Alex ont été nos coups de cœurs « since day one ». Camille est une Bretonne de passage au Québec pour l’été. C’est une fille qui respire la joie de vivre, toujours en sourire, toujours le mot pour rire. Elle nous lance une grande vague de positivisme au visage par sa seule présence et a ensoleillé nos journées pluvieuses. Alex est un Saguenéens-Montréalais amoureux de la vie, un artiste des mots et de la musique très charismatique qui inspire la confiance simplement dans son ton de voix, véritable « beatnik » qui a la sagesse du voyageur à seulement 20 ans. De 5, nous sommes rapidement passés à 8, puis 12, puis 16. Au fur et à mesure que l’équipe grossissait, l’ambiance changeait. Nous devenions une grande famille de gens qui apprenaient à se connaître. La tâche se facilite lorsque les personnes que tu côtoies sont eux aussi en mode voyage et veulent profiter de leur été pour vivre une expérience, et non faire de l’argent. Beaucoup d’Européens en visa touriste font parties de l’équipe de staff ce qui ajoute de la diversité dans les rencontres. Parmi celles qui ont été les plus marquantes, on gardera certainement en mémoire Baptiste, le charpentier « su’l party » qui avait des projets plein la tête pour améliorer l’expérience employée à l’auberge. Ensuite, on notera la présence de Corentin, un autre Français se retrouvant en Gaspésie entre deux semestres d’études en ingénierie afin de vivre le « Québec dream ». Chanteur qu’on n’a jamais entendu chanter et blagueur dès la première occasion, il avait toujours le mot pour rire. Sabina, la massothérapeute et cuisinière hors pair, en était une autre qui nous réjouissait de son sourire omniprésent. Sarah, la Belge voyageuse qui connaît mieux le Canada que la plupart des Canadiens nous consolait de ses chaleureuses paroles. Nous finirons notre tour des hommages avec Stéphanie, notre homologue barmaid qui avait constamment les meilleures histoires à raconter et sans oublier Ariane, la guide de canyoning qui nous a de manière mémorable embarquée sur le pouce lors de notre retour de séjour à Sainte-Anne-des-Monts alors qu’elle se dirigeait vers l’auberge pour la première fois. C’est une façon originale de rencontrer sa nouvelle collègue! Je pourrais bien faire le tour de tout le staff, mais ça prendrait bien plus qu’une page de blogue. Chacune des personnes qui ont partagé leur vie avec nous l’espace d’un séjour nous ont données l’envie de rester une saison complète, mais notre projet nous appel vers d’autres horizons.

J’ai parlé dans un article précédent des avantages du volontariat. Nous avons dû évidemment rallonger notre voyage ce qui, dans la plupart des cas dans un long périple backpack, ne nous bénéficie pas vraiment d’un point de vue budgétaire. Lorsque nous sommes logés et nourris en échange d’une expérience de travail par contre, le portefeuille peut souffler un peu. Nous habitions dans une roulotte du nom de la « rockette », situé juste à côté du dortoir des employés. C’était notre petit nid pour un mois et demi qu’on a pu réaménager à notre goût, pas nécessaire d’avoir plus. Les repas étaient tous communs. L’auberge achetait en grande quantité ce dont nous avions besoin durant la semaine. Nous cuisinions donc tous ensemble des festins pour une armée! La cuisine rapproche les gens comme on dit, ça entraîne les conversations. La plupart des repas étaient végétariens ou véganes ce qui ne nous dérangeait point étant donné le mode de vie qu’on tente de se donner. Du point de vue du zéro-déchet, et bien, nous n’avions pas le choix de nous adapter aux habitudes de l’endroit, mais nous avions la chance de nous retrouver dans un établissement avec une conscience environnementale solide. Au-delà du staff, le nombre de visiteurs que nous avons rencontré était ahurissant. Tant de jeunes touristes avec qui nous avons jasé autour d’une bière ou d’un joint et avec lesquelles nous sommes restés en contact. Sans aucun doute, travailler dans une auberge n’est pas fait pour tout le monde, certainement pas les antisociaux. Même pour moi qui ai besoin de me retrouver dans ma bulle de temps en temps, je me suis souvent senti dépassé par les évènements. L’expérience sociale qui en ressort est cependant tellement satisfaisante que ça en vaut largement la peine. C’est un torrent de joie de vivre que nous avons eu la chance de traverser avec, à l’extérieur, des paysages qui lançait des invitations à venir les explorer.

Comme je l’ai dit plus haut, Griffon aventure est une auberge tournée vers les activités de plein air et le staff peut en savourer à volonté. Kayak, paddleboard, canyoning, pêche en mer, rafting, you name it. Les frères Bazinet sont des diplômés de la technique de tourisme d’aventure et ils savent comment mettre de la vie sur un bateau de rafting tu peux me croire. En plus de ces activités, nous avions 3 jours de congé consécutifs par semaine ce qui nous permettait de nous promener un peu partout en Gaspésie. On avait beau retarder notre départ du Québec, cela ne voulait pas dire pour autant qu’on devait mettre notre projet sur stand-by. Au contraire, nous avons recensé plusieurs établissements touristiques durables dans la région pour pouvoir créer un guide « roadtrip écoresponsable en Gaspésie », bientôt disponible sous forme d’articles et d’une vidéo. Au fil de ces rencontres, nous nous sommes tout d’abord rendu compte à quel point la Gaspésie a besoin de son tourisme pour faire rouler son économie régionale, mais aussi de voir qu’il y a une réelle volonté d’entraide entre les entreprises. Ce sont des commerces qui s’échangent des produits naturels, des initiatives touristiques qui revitalisent des villes tout en contribuant à l’éducation écologique des visiteurs et des auberges qui se lancent dans l’agriculture communautaire pour répondre au grave problème du désert alimentaire dans la région. Bien sûr, Griffon aventure fait partie de ceux-là avec leur plan de développement durable très complet et le projet de jardin qu’ils ont déjà mis en branle. En Gaspésie, les gens se serrent les coudes et c’est tellement beau à voir. C’est de l’inspiration qui vaut certainement la peine d’être partagée.

Nous sommes donc arrivés inopinément à l’auberge Griffon aventure sans réellement savoir ce qui nous y attendait. Pour être franc, j’ai émis beaucoup de réserve à l’idée de devoir repousser notre départ du Québec. Nous étions sur une lancé, finalement sur la route après avoir patienté des mois à Montréal. Nous avions franchi à peine quelques centaines de kilomètres que nous devions à nouveau mettre un frein à notre fébrilité. Je suis par contre certain que Griffon a été le meilleur endroit sur lequel nous aurions pu tomber. C’est un lieu absolument idyllique avec des personnes partageant d’innombrables points communs et des possibilités d’activités qu’il aurait été difficile de trouver ailleurs. Je crois que je le répète un peu trop souvent dans mes articles, mais, encore une fois, les expériences inoubliables sont la plupart du temps celles qui ne sont pas prévues. Se fier à son instinct sera dans ce cas la meilleure décision que tu pourrais prendre. Profite de l’été et laisse les choses aller un peu l’ami!

La gang de l'auberge avant notre départ
La gang de l'auberge avant notre départ

Pour lire le chapitre 1, c’est ici

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