Fermer
Your wonderland© Copyright 2018. Tout droit réservé.

Chapitre 4, le mid-west de Détroit à Denver (Partie 1)

David et Roxanne devant Détroit

Après plus de 3 mois à visiter la côte-est canadienne, nous traversons finalement la frontière américaine de Windsor à Détroit au Michigan. Paul et Mark nous avaient laissé à Toronto la veille après un roadtrip de nuit pas reposant depuis Saint-John. Nous nous retrouvions au début de l’itinéraire que nous avions prévu 2 mois avant notre envol, avant que nous décidions de la modifier pour passer sur la côte est. On dirait bien que nous sommes de nouveau au point de départ, jamais 2 sans 3!

Nous voilà donc à Détroit, la ville qui a été témoin de la naissance des géants Ford et General Motors qui l’ont propulsé au sommet des métropoles industrielles du XXe siècle. C’est dans les dernières décennies cependant que la « Motor city » s’est vue chuter dans le gouffre de la pauvreté, notamment à cause d’une économie qui tournait seulement autour de l’industrie automobile, des tensions raciales et de la corruption.

Le Skyline de Détroit depuis Windsor, Canada
Le Skyline de Détroit depuis Windsor, Canada

Nous arrivons grâce à un autobus qui lie Windsor et Détroit par un tunnel. Nous n’avons jamais fait l’expérience d’une douane aussi endormie et peu professionnelle. 2-3 questions sur notre destination, combien de temps nous restions, l’étampe dans le passeport et allez-vous-en. Même le gars des rayons X dort à moitié sur sa console. Nous pourrions passer un lance-flamme, il ne s’en rendrait pas compte. Nous avons stressé un peu pour rien.

Le downtown de Détroit est très moderne, très propre, une belle vue sur la rivière, des bars, des activités, une métropole américaine comme toutes les autres. C’est en sortant en banlieue que le paysage change. On perçoit les maisons abandonnées avec les fenêtres placardées de panneaux de bois. Des terrains vacants sur lesquelles les mauvaises herbes poussent comme elles veulent, jusqu’à envahir les trottoirs. Des bandes de sans-abris, à majorité noire, relaxent et boivent aux abris d’autobus qui ressemblent d’autant plus à des scènes de crimes de par les éclats de verre de leurs fenêtres brisées. Des âmes perdues vagabondent, une bouteille enveloppée d’un sac brun à la main, qui crient des insultes à Dieu sait qui. Difficile à regarder, difficile d’y vivre. Détroit est ce à quoi je m’attendais.

D’un autre côté, il y a de très beaux quartiers. Notre hôte couchsurfing Ahmed vit à Dearborn localisé à l’ouest de la ville. C’est là où est né Henry Ford et son usine, qui a employé des millions de personnes au cours du dernier siècle, s’y trouve également. Aujourd’hui, Dearborn est un quartier à majorité arabe musulman. On y marche en ayant l’impression de visiter une ville du Moyen-Orient. Des boutiques vendent des Hijabs tendance et les panneaux d’affichage sont écrits avec la superbe calligraphie arabe. Ce qui nous surprend, c’est que ce quartier est un des plus sûrs de Détroit. Les enfants jouent ensemble dans les rues sans même que leurs parents n’aient peur que les bicyclettes ne se fassent voler. Je ne me suis jamais aussi autant en sécurité dans cette ville que dans le quartier de East Dearborn.

Nous restons pendant 3 jours chez Ahmed. En fait, ce n’est pas réellement sa maison, mais une qu’il loue à des locataires. Nous nous faisons donc héberger indirectement par ces derniers, un homme originaire du Yémen, comme Ahmed, et un autre de l’Inde. L’endroit est sale, peu de fournitures et le Yéménite parlent un anglais très précaire. Ils se montrent toutefois très gentils et intentionnés et ils nous font sentir en confiance. Anecdote amusante, en cognant à la porte de leur maison, Mahmoud, le gars du Yémen, est celui qui nous répond et nous accueil les bras ouverts très enthousiaste. On se regarde entre nous deux un peu confus, son visage ne ressemble pas du tout à celui sur le profile, mais agit comme s’il était l’hôte. On s’assoit dans le salon, l’indien est là, mais ne parle pas beaucoup. On essaie de communiquer avec notre « hôte » sans grand succès. Il n’a même pas l’air de comprendre ce qu’est Couchsurfing! Rox me regarde mélangée et me demande: « Est-ce qu’on est à la bonne place? » – « C’est la bonne adresse! » que je réponds. On discute encore quelques minutes et alors qu’on est sur le point de partir complètement perdu, l’autre Couchsurfeur, Bo, fait son arrivé. C’est un Anglais de mon âge, grand, et l’esprit vif. On lui pose nos interrogations et, dans un grand rire, il nous explique que ce n’est pas lui Ahmed et que ce dernier n’est pas encore arrivé. Soulagé, on se rassoit et on rit de bon coeur avec nos nouveaux amis. C’est une information qu’on aurait bien voulu avoir avant.

Bo est super sympathique. Nous visitons la ville ensemble et allons même à un rave de techno old school dans un club underground. Ahmed, quant à lui, un homme occupé à la fin de sa quarantaine, fait son apparition au deuxième soir. Il nous apporte visiter l’arrondissement en voiture, nous en explique beaucoup sur l’histoire de Dearborn et comment elle est devenue à majorité arabe. Il nous amène même dans une très riche mosquée aux portes dorées, une des plus belles que j’ai vues en Amérique du Nord.

Il finit par nous conduire à sa fermette à Belleville à 35 minutes de Détroit pour une nuit. Nous y flattons ses chèvres, roulons avec sa petite moto et tirons au pigeon d’argile avec un fusil de chasse. À peine 3 jours que nous sommes arrivés aux États-Unis et nous utilisons déjà des armes. En chemin vers cette maison secondaire, nous nous arrêtons à une chaîne d’épicerie cheap nommée Aldi, le meilleur endroit pour essayer le dumpster diving! Nous y trouvons en effet notre plus grande récolte de fruits et légumes, un festin de roi tout à fait gratuit. Bo qui a sauté dans sa toute première poubelle est tout simplement ravi!

Après 3 jours chez Ahmed, nous changeons d’hôte et nous nous rendons chez Marshall dans un quartier un peu moins sûr juste à l’ouest du centre-ville. Les maisons, datant d’une époque où la situation économique de la motor city était à son apogée, sont énormes, tellement énormes qu’aujourd’hui plus personne ne se donne la peine de les rénover. Ce sont de grands bâtiments, pour la plupart abandonnés, les plantes grimpantes les ayant saisis sous leurs griffes végétales. Dans les rues, les dudes gangsters en autos modifiées coursent dans un vacarme infernal, mais divertissant. L’appartement de Mars est un peu une bouffée d’air frais dans ce paysage désolé. Des murs colorés, une belle cuisine et une grande chambre lit queen pour se dorloter un peu après avoir dormis sur le plancher chez Ahmed. Mars est en lui-même un personnage. C’est un jeune, début trentaine qui travaille comme chauffeur de vélo-taxi, est un photographe et un as de la déco. C’est aussi un individu avec un ego surdimensionné, un métrosexuel qui ne t’écoutera pas vraiment parler et qui peut être très awkward lorsqu’il décide de ne pas s’intéresser à toi. La première chose qu’il nous dit en arrivant c’est les règles de la maison sur un ton rude puis il part d’un pas rapide en claquant la porte. Nous restons tout de même près d’une semaine chez lui pour pouvoir nous adonner à notre mission principale ici à Détroit, le tournage d’une vidéo sur des acteurs de changement.

Détroit vit un grave problème de précarité alimentaire. Plusieurs quartiers sont considérés comme un désert alimentaire, c’est-à-dire un territoire où l’accès à de la nourriture fraîche et locale est difficile ou inexistant. Selon un rapport du « Detroit’s food policy council » en 2017 , près de 50 % des foyers vivent de l’insécurité alimentaire et un enfant sur cinq est nourri grâce à des programmes gouvernementaux. Plus troublants encore, la moitié des magasins de produits de consommation sont en fait des liquor store. C’est difficile de se sortir de la pauvreté lorsqu’on manque notre principale source d’énergie…

Pour répondre à ce problème, une tonne d’initiatives existe dont plus de 1500 fermes urbaines ou jardin communautaire sur le territoire qui font pousser leurs propres produits. C’est le cas du Michigan urban farm initiative et la Oakland avenue urban farm que nous avons tous deux rencontré dans le cadre de notre projet. Les deux organismes s’emploient à fournir des aliments frais gratuitement aux habitants du North end grâce à des marchés publics qu’ils organisent. Ils gèrent aussi un programme de bénévolats pour les jeunes afin de les éduquer sur l’importance de l’accès à la nourriture. Nous avons l’opportunité d’en faire à celle d’Oakland avenue où ils tiennent un évènement conjoint avec un organisme de récupération de matière organique, Detroit dirt. Le tout commandité par Pabst et même Vice média est présent pour le filmer à nos côtés! Nous construisons un enclos pour le compostage de la ferme et nous nous occupons du jardin avec d’autres jeunes locaux avec qui nous avons la chance de discuter. C’est une expérience plus qu’enrichissante et nous sommes très reconnaissants d’avoir ce genre d’accès avec ces organisations qui ont un réel impact dans la communauté.

Pour finir, nous croyons que Détroit est une ville très sous-estimée. Bien sûr, elle a vécu des périodes très difficiles au niveau socio-économique, mais ses habitants et en particulier sa très vaste communauté afro-américaine se tiennent les coudes serrés pour revitaliser cette ville qui a tant à offrir au point de vue culturel et artistique. Elle sera certainement marquée dans nos mémoires pour longtemps. Prochaine étape, le mid-west américain nous attend!

1 comment

Write a response

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *