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Istanbul-Paris partie 2: La Bulgarie

La Bulgarie, un des pays énigmatiques de l’Europe de l’Est. Encore profondément ancré dans le communisme il y a 30 ans, le pays a vécu une transition difficile et l’économie traîne toujours de la patte. Malgré sa situation socio-économique, la Bulgarie possède une très grande richesse culturelle. Ce n’est pas pour rien qu’il est appelé le vestibule de l’Orient. De nombreux peuples s’y sont établis et d’autres l’ont envahis, ce qui crée une belle diversité. Diversité qui se trouve aussi dans son paysage avec ses hauts sommets de la chaîne des Balkans et ses plages de sable de la mer morte. Moi et Charles fûmes sur notre route pour explorer les grands espaces de l’ouest du pays, le parc national de Rila, ainsi que la capitale Sofia. Un séjour qui se révèlera bien complet.

Diversité qui se trouve aussi dans son paysage avec ses hauts sommets de la chaîne des Balkans et ses plages de sable de la mer morte.

Traverser la Bulgarie

La journée de stop pour nous y rendre se révéla longue, mais anecdotique. Une fille se rendant chez sa grand-mère nous a pris sur notre parcours pour nous mener à quelques dizaines de kilomètres de notre destination. Une fille « girly » avec sa jupe ajustée, ses faux ongles roses et sa tresse blonde. Une tenu d’occasion pour aller voir sa mamie quoi. Cette ex-barmaid de stripclub ne s’en laissait pourtant pas imposer avec son caractère de « thug », de fille de garage aguerri. On a parlé de plusieurs choses, dont l’homosexualité en Bulgarie. Elle était fermement contre. Se justifiant avec son diplôme en psychologie, elle déclarait les gays comme des gens victimes de traumatismes au seuil de la folie. Ça ne donnait rien d’argumenter, ce genre de discours est irrationnel. Ce n’était pas comme si ce fut la première fois que je l’entendais en Europe de l’Est non plus…

Lorsqu’elle nous a débarqués, il ne nous restait que quelques kilomètres pour atteindre le village de Rila où l’on voulait camper avant le trek du lendemain. 1 h 30 d’attente en bordure d’autoroute et, même en heure de pointe, personne ne nous a pris… On s’est résigné à aller dans un petit resto/carwash pour se renseigner sur les bus. Plus aucun ne se rendait à Rila à cette heure tardive, mais le couple propriétaire du commerce qui parlaient un anglais très précaire nous a gracieusement offert le lift jusqu’au village. Celui-ci était bien petit pour un attrait touristique avec ses quelques petites auberges pour les quelques touristes qui veulent visiter le vieux monastère et se risquer sur la randonnée jusqu’aux sept lacs. De vieilles maisons ruineuses et un seul commerce pour acheter des pommes et une boîte de biscuits mous sont littéralement tout ce qui s’offre à nous comme activité de visite. On fait avec, et l’on va piquer notre tente près d’une rivière, prendre du repos avant l’épreuve du lendemain.

Le parc national

Le monastère de Rila est un très ancien bâtiment orthodoxe fondé au Xe siècle pour y accueillir des Moines et autres personnalités religieuses bulgares. Faisant partie du patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est une des attractions touristiques principales de Bulgarie. Il était tôt le matin, peu de touristes encore. Nous marchons autour de la magnifique forteresse sacrée entourée de montagnes en admirant les fresques colorées des représentations orthodoxes, lesquelles montrent beaucoup trop de démons mangeurs d’enfants dessus… Nous avons même eu la chance d’assister à une messe à l’intérieur, qu’on a finalement quitté après deux minutes. Thumbs up la Chrétienté!

Le vieux monastère de Rila

On s’est dépêché à aller braver l’activité la plus excitante, monter aux 7 lacs de Rila. Le premier défi fut de trouver — la trail. On ne pouvait avoir accès à aucune carte des sentiers et les panneaux étaient tous inscrits en Bulgare… Après plusieurs allés retour, on a trouvé la bonne et nous voilà partis pour 1400 m d’élévation à pied. Ouep, un gros 8 h. La plupart des gens se rendent aux lacs en chairlift depuis l’autre versant, puis descendent jusqu’au monastère. Nous ne sommes pas comme ça, on aime se faire bien chier. Et pour se faire chier, on s’est carrément vidés. Sous une chaleur de près de 30 degrés au bas du sentier, nous marchions dans les herbes hautes, mangés par les insectes, en mode scrambling sur bien des sections, avec des backpacks de 10 kg chacun. 2 belles cloches trempées de sueur. C’est au sommet que nous avons finalement été récompensés avec une vue imprenable sur tout le parc national. Nous avons croisé un groupe de randonneurs qui se trouvaient sur une traversée de 10 jours de cette partie de la chaîne des Balkans. Puis, nous apercevons le premier des 7 lacs situé à 2500 m d’altitude d’un bleu presque turquoise qui contrastait avec les paysages environnants dénués de végétation à cette altitude. Les lacs ne sont pas très éloignés les uns des autres. À un certain point, de notre position plus élevée, nous pouvions en voir 5. Tous environ de la même taille, mais qui participe à une vue panoramique en premier plan du reste de la chaîne de montagnes et de Sofia qu’on pouvait presque apercevoir au loin.

400 m plus bas, près du dernier lac, se trouvait le chalet de la station de ski de Kartala où les touristes prennent le chairlift. On a profité d’un bon repas, d’une douche, Charles s’est pris une chambre et j’ai décidé de garder mon argent contre le confort en piquant ma tente près du lac. Je n’ai pas récupéré comme je l’aurais voulu, mais le lendemain, nous sommes déjà de retour sur pied pour redescendre la montagne par les pentes de ski, beaucoup plus rapide que la montée.

Direction Sofia

La cathédrale Alexander Nevsky avec notre nouvelle amie Simona

Nous avons repris le chemin pour Sofia, la capitale de la Bulgarie à deux petites heures de route pour y trouver notre hôte couchsurfing. Un de nos conducteurs pratiquait la fonction de vétérinaire à domicile. Il se rendait justement avec sa vieille Renaud Clio 1995 chez un client avant de nous laisser plus loin. Sa voiture était remplie de seringue insalubre et de médicament pour animaux. Il s’arrêta à la maison du client, pris sa trousse, administra le vaccin au petit minet et en moins de 5 minutes nous étions reparties. Efficace! En milieu d’après-midi, nous arrivions à Sofia. La périphérie de la Ville n’offre absolument aucun charme. De vieux bâtiments de l’ère communiste en béton de plusieurs étages encerclent le centre-ville. Un contraste étrange avec les commerces capitalistes qu’on y retrouve aujourd’hui comme les nombreux McDo et KFC.

Nous avons rejoint Simona qui nous hébergeait chez sa mère. C’était une jeune étudiante de 19 ans qui parlait un très bon anglais et un français respectable pour une Bulgare. Très gentille, mature pour son âge, elle cherchait l’expérience de rencontrer des étrangers pour élargir ses connaissances à l’international. Elle se préparait d’ailleurs pour un stage au Royaume-Uni. Sa mère ne parlait pas un mot anglais, mais nous communiquait par son sourire. Elle nous a même offert de laver nos vêtements à l’odeur d’humidité. Nous étions très bien accueilli et enfin avec un vrai lit pour dormir.

L’importance d’une bonne nuit de sommeil se révèle significative lorsqu’on voyage de cette manière dans un laps de temps qui se trouve, dans ce cas-ci, particulièrement rapide. Des nuits courtes qui se cumulent se traduiront inévitablement par des journées épuisantes qui ne permettent pas de profiter autant des visites et des activités. La patience devient frêle, les endroits découverts deviennent banales, une cathédrale de plus, encore une autre fresque boaff j’aurais dû rester coucher… C’était notre 3e semaine de voyage intense ensemble depuis qu’on s’est rejoint et ça commençait à se faire ressentir. Heureusement, avec une personne à la personnalité enjouée comme Charles, ça me permettait de me remonter le moral.

De là une décision importante que nous devions prendre. Il ne restait que 5 jours à Charles avant d’embarquer son avion de retour pour Montréal depuis Budapest et nous avions prévu de passer par la Roumanie pour visiter plusieurs sites. 5 jours, c’était très peu. Comment aurions-nous pu profiter de tous ces endroits si nous avions que quelques heures pour chacun? Le stop ça prend du temps et les bus quant à eux réduisaient notre budget. Charles a donc proposé qu’on prenne le chemin le plus direct pour la Hongrie en passant par la Serbie. Pour moi qui continuais ma route par après et qui voulais absolument voir la Roumanie, ça allait être un détour, mais j’avais plus de temps devant moi. C’était le plan. Nous allions rester plus longtemps à Sofia, une amie aux parents à Charles qui y vivait justement pourrait nous héberger pour une nuit supplémentaire, et nous prendrons le reste du trip plus relaxe.

Comment aurions-nous pu profiter de tous ces endroits si nous avions que quelques heures pour chacun?

Simona nous a fait visiter la Ville la première journée. Le centre-ville de Sofia est absolument charmant. Le patrimoine religieux orthodoxe est remarquable. De nombreuses ruines d’influence ottomane et slave distinguent le paysage urbain. De vieilles églises byzantines en briques datant du Moyen-âge nous ouvrent leurs portes pour que l’on puisse admirer l’héritage du pays.

Étonnamment, les principaux monuments architecturaux de la Ville ne sont pas très anciens. La plupart ont été construits après la guerre russo-turque en 1877-78 qui a donné sa principauté à la Bulgarie. S’en suit un élan d’influence européenne occidental qui transforme le style. La cathédrale Alexander Nevski s’affiche par l’exemple. C’est le symbole par excellence de Sofia avec son gigantesque dôme en or et sa toiture verte agrémentée d’une architecture néo-byzantine. Le théâtre national de style néoclassique est lui aussi remarquablement coloré et rappel les grandes acropoles européennes. La cultivée Simona en savait long sur l’histoire de sa Bulgarie natale et de sa ville. Ça rendait la visite d’autant plus intéressante!

La soirée venue, nous avons quitté Simona que nous avons chaleureusement remerciée pour retrouver Josée, l’amie de famille à Charles. De là, nous avons été rejoindre son mari dans un resto typique de bulgarie. Ce dernier m’a recommandé le Kavarma, un ragoût de viande et de légume servi traditionnellement dans un pot d’argile. C’était délicieux. Ce fut un chaleureux souper où l’on a beaucoup parlé. Josée est une femme dans la quarantaine d’une allure typiquement québécoise avec ses cheveux court et frisé châtain roux, ses yeux bleus sous ses lunettes et sa manière de s’exprimer qui ne semblait pas du tout avoir perdu l’influence québécoise. Polco est un originaire de la Bulgarie dans la cinquantaine, mais paraissait en avoir 35. Cet ancien Judoka gardait encore une très bonne musculature, ses traits étaient doux, peu de rides, un regard serein. Il parlait un français parfait et savait comment faire rire. Ils s’étaient rencontrés à l’Université Laval lorsqu’ils y étudiaient, Polco étant étudiant étrangé. Ils se sont mariés, vécus 20 ans au Québec, et parce que la mère de Polco est tombée malade ils ont dû revenir à Sofia pour rester à son chevet. Ils y sont restés depuis les 10 dernières années et ils y vivent confortablement dans leur appartement au dernier étage d’un immeuble du centre-ville. Nous nous y sommes rendus en fin de soirée après une marche dans le parc Borisova Gradina, le plus vieux et le plus dynamique parc de la Ville.

Nos hôtes Josée et Polco

Le dilemme

Ce soir-là, j’ai très mal dormi. Un dilemme me trottait dans la tête déjà depuis un moment. J’ai acheté mon billet de retour 2 mois auparavant, lorsque j’étais en Égypte et que je vivais une passe de mal du pays. Voyager backpack sur une longue période, c’est souvent des up and down. Des journées où l’on en a asser, qu’on est fatigué de bouger, même de rencontrer des gens. On pense à notre famille et à nos amis et à toutes les occasions manquées de se voir. D’autres jours, on est hype. On parle de voyage avec un inconnu et on se retrouve avec des idées plein la tête et l’envie de découvrir de nouveaux endroits pendant encore trois années. Je vaguais entre les deux après presque un an et demi sur le vieux continent. Il y a d’un côté, revenir au Québec pour voir tous ceux qui m’ont tant manqué et me réinstaller dans ce Québec si accueillant et authentique. Il y a, d’un autre côté, plutôt continuer et m’aventurer plus au nord en Europe de l’Est, travailler en saison hivernale en Norvège, me remplir les poches et qui sait peut-être même me rendre en Asie par le trans sibérien? Tout ce que j’avais à faire, c’était d’annuler mon billet, gage de mon retour. J’étais à une décision prête de changer le cours de ma vie pour l’année à venir, et c’est dans les prochaines semaines que je j’allais prendre cette décision.

Anyway, après la Bulgarie, le lendemain c’est la Serbie qui nous ouvrira les portes.

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