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Istanbul – Paris partie 3: La Serbie

La Serbie aura été un passage plutôt bref quoique déterminant dans notre épopée. Comme presque tous les autres pays balkaniques, la Serbie a un passé trouble de violence, de révolution et d’indépendance. Ce pays est cependant particulier avec son nationalisme reclus dans la majestueuse chaîne des Balkans au milieu de 9 autres nations. Elle est super divisée surtout depuis la fracturation de la Yougoslavie, l’indépendance du Monténégro et, plus récemment, du Kosovo où la chicane n’est pas encore terminée. Ironique de croire en un nationalisme serbe alors que seul 2/3 de la population est de cette nationalité. Peu importe, le séjour sur ses terre a été synonyme de rencontres, de partys et, pour moi et Charles, de séparation. Je vous raconte tout ça dans cet article!

L’entrée en Serbie

Nous avons quitté Sofia en ce matin d’août, le pouce en l’air vers la frontière serbe. L’Europe vivait alors sa plus grosse canicule depuis plusieurs années. Nous, avec nos backpacks sur l’asphalte en presque fusion, nous voulions mourir. On se relayait pour le pouce, un s’asseyant à l’ombre pour éviter l’insolation. Pas facile de se déplacer au début. Hitchwiki, le site open source de conseil en auto-stop m’avait prévenu. L’autoroute de Sofia à Belgrade est une des plus difficiles d’Europe pour se faire prendre. On apprendra pourquoi dans quelques lignes. En milieu d’après-midi, nous n’avions pas encore passé la frontière et l’on commençait à perdre espoir de rejoindre la capitale Belgrade située au nord du pays. Peut-être alors Niš, une plus petite ville au sud que nous hésitions à visiter par manque de temps.

Nous étions à une station-service près de la douane à demander une ride aux gens qui venaient faire le plein. Par pure coïncidence (sic), tout le monde se rendait en direction inverse… Après de nombreuses tentatives infructueuses, j’ai finalement eu une chance avec un jeune.

– Hey man, my friend and I are looking for a ride to go to Serbia, are you heading there?

– Yeah! Me dit-il d’un air décontracté.

– Oh! J’étais surpris. – So … you can take us there?

– Yeah, yeah! I’m going to Belgrade.

– All right great!

Fouuuu! Nous étions soulagés. On pacte nos trucs dans sa petite Hyundai Tiburon et on part. C’est ça l’auto-stop, perdre espoir jusqu’à ce qu’un miracle arrive.

À la douane cependant, un autre challenge s’offrait à nous. Le douanier examina nos passeports d’un air douteux et baragouina quelque chose en langue serbe à notre chauffeur. La discussion était animée, j’avais peur qu’il nous refuse l’entrée. Puis, il nous laisse finalement passer. Notre gars s’arrête au Duty free, achète trois paquets de cigarettes, et retourne voir le douanier pour lui remettre. Chose faite, nous partons direction Belgrade. En chemin, il nous explique dans un anglais presque impeccable que les Serbes sont des rats. Comme moi et Charles le soupçonnions, l’agent ne voulait pas nous laisser passer puisque nous arrivions de la Turquie et beaucoup de gens font passer de la drogue vers l’Europe par cette route en Serbie. Il le croyait pour un fou de nous avoir pris sur le pouce. Étienne (c’est comme ça que je vais l’appelé dans l’article), sachant exactement quoi faire dans cette situation, lui a demandé combien il voulait pour le soudoyer, et l’agent de lui répondre des cigarettes pour lui et ses collègues. C’est comme ça que ça se passe dans ces pays où la corruption a le droit sur tout. Beaucoup d’animosité existe encore entre les peuples balkaniques et l’on en a trouvé un bon exemple.

Belgrade

Étienne n’a même pas accepté notre argent pour les clopes et le reste de la route s’est passé sans embûches. Se faire conduire à travers les montagnes massives du sud de la Serbie par les tunnels et les gorges a été un pur délice. En début de soirée, nous arrivâmes à Belgrade, capitale serbe. On se fait débarquer près du centre-ville mais nous ne savions pas trop où aller, aucun couchsurfeur n’avait accepté notre demande. De plus, la pluie d’un orage commença à tomber. Imaginez-vous qu’à cet instant, ma dernière pluie était il y a deux mois! Deux mois de sécheresse dans les déserts d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et voilà qu’un torrent s’abattit sur nous. Quel bien fou ça faisait! Le rafraichissement ne dura pas bien longtemps cependant parce qu’on commençait déjà à sacrer pour trouver un hostel. Nous sommes finalement tombés sur le new hostel Belgrade dans le centre-ville avec des chambres pour 10 $. Ça faisait plusieurs semaines que je n’avais pas dormi dans une auberge de jeunesse et ça allait faire du bien.

Le lendemain fut une journée pluvieuse à laquelle je me sentais étranger. Il faisait clairement plus froid que dans les semaines précédentes, mais ça ne nous a pas empêchés de sortir. Belgrade, de son nom serbe Beograd, veut dire la ville blanche à cause de la pierre blanche utilisée pour construire les bâtiments de la vieille ville au confluent du fleuve du Danube et de la Save. Comme la plupart des cités de cette partie de l’Europe, l’architecture possède encore un caractère turc de la période ottoman avec certains monuments en argile séchés. Néanmoins, comme à Sofia, les bâtiments de la Stari Grad (vieille ville) ont été construits au XIXe siècle à la suite de l’indépendance serbe face à la sublime porte. Ces bâtiments sont de style néo-byzantin, plus coloré et plus de fioriture que ceux de Novi-Beograde (la nouvelle Belgrade) plus brutaliste et terne de l’époque soviétique pour la plupart. Avec le temps gris, la Ville prenait donc un caractère sombre et mystérieux.

En après-midi, nous avons pris part à un tour gratuit des lieux. Je participe rarement à des activités touristiques, mais on ne payait pas so why not? C’était intéressant parce qu’on en apprend plus sur l’histoire et certaines informations cachées sur la Serbie. Une des visites sur le parcourt qui m’a marqué fut la forteresse de Kalemegdan qui a servi au cœur des nombreux conflits militaires du passé comme défense pour les Ottomans autant que pour les Autrichiens puisqu’elle possède une position stratégique d’exceptions en surplombant deux fleuves importants. Nous avons fait la connaissance de plusieurs jeunes touristes dont Charly, un Australien de mon âge, grand, bien bâti, souriant, étudiant en droit qui a lui aussi pris une sabbatique. Il nous a invités le soir même à un évènement hang out, l’interface de rencontre couchsurfing, pour une soirée nightlife à Belgrade.

Le nightlife

Belgrade est un des meilleurs endroits pour « clubber » en Europe de l’Est et nous en avons faits l’expérience assez rapidement. Nous avons commencé à « pré-drink » au airbnb de Charly avant de se rendre dans le quartier branché et bohémien de Savalama, the place to be à Belgrade où se rencontre les artistes et les entrepreneurs du Belgrade moderne. Un endroit où sortir dans ce quartier est définitivement le Mladost et le Ludost, deux bars reliés par un tunnel souterrain. Le Mladost est plus de style club et le Ludost, préférable pour entamer ses soirées est plus pub où l’ambiance est plus feutrée. L’évènement couchsurfing avait commencé au square five, un Irish pub sur republic square où l’on y a rencontré pleins de voyageurs dont trois Italiens avec qui on a tellement rit. Après quelques verres dans le corps vient le temps de danser. Rendez-vous alors dans les splavovi ou splav, des bars sur péniche flottants sur le fleuve. Assez chère, mais à cette étape de la soirée on ne comptait plus. Tout se passait bien jusqu’à ce que Charles se fasse refuser l’entrée après qu’il soit sorti du club. Je l’ai rejoint et l’on s’est échauffé avec les bouncers. Quand je dis échauffé, je parle plutôt de se faire dégagé à coup de pied dans le cul, ou dans le visage dans ce cas-ci. On ne rit pas avec les Serbes. La tête basse, nous sommes repartis en direction de l’hostel en titubant vers 5 h. Nous avons arrêté à un giro sur un trip bouffe pour manger un sandwich beaucoup trop épicé qui a finalement finis par ressortir dans la poubelle de ma chambre. Le hangover de la journée suivante nous a cloués à l’hostel. Pas une mauvaise chose, nous n’avons juste rien fait pour la première fois de tout le voyage.

Charles est parti le troisième jour pour Budapest où il prenait son vol de retour. Il voulait aussi y passer quelques jours pour visiter. J’aurais pu l’accompagner, mais ça allait m’être un détour pour me rendre en Roumanie par la suite. De toute façon, j’allais le revoir de retour au Québec à peine 1 mois après. C’était bien de l’avoir avec moi, c’était comme si une petite partie du Québec m’accompagnait. Je me retrouvais de nouveau seul. Je n’ai pas fait grand-chose des autres journées à Belgrade. J’était fiévreux et en diarrhée. C’était mieux de prendre 2 jours de repos dans le confort de ma chambre d’hostel avant de continuer. Cet épisode m’a convaincu de revenir après le dilemme que j’avais en tête depuis déjà plusieurs semaines. Être malade et me sentir vulnérable seul en Serbie si loin de chez moi est difficile et je commençais à en avoir assez. J’étais déterminé à rejoindre Paris.

Novi Sad

De la ville blanche, j’ai triché pour me rendre à Novi Sad, 1 h de route plus au nord. J’ai pris un train qui ne m’a coûté que trois dollars. Ce n’était pas un sacrifice à ce prix. Novi Sad est la deuxième plus grande ville de Serbie. C’est aussi une ville plus colorée et plus agréable à regarder selon moi. C’est un peu ça la beauté de l’Europe. Tu ne fais qu’une heure de route et déjà, tu retrouves une influence culturelle différente. La région de Voïvodine où se trouve Novi Sad est collée à la frontière hongroise et l’on y reconnait beaucoup l’architecture datant de l’empire austro-hongrois avec des bâtiments de couleurs pastel et des structures plus raffinées. Les petites rues piétonnes sont remplies de restaurants et de pubs dont les terrasses fleuries embellissent la promenade.

Je suis resté chez un couchsurfer, Philip, pour 2 nuits. Ce qui était agréable, c’est que nous n’avons pas fait les activités touristiques habituelles que mes hôtes me font faire généralement. À la place, nous avons pris ça plutôt chill. Nous avons écouté un film la première soirée, été boire un verre la seconde au centre-ville avec quelques un de ses amis et nous sommes même allés à la piscine municipale pour nager des longueurs. J’ai simplement embarqué dans sa routine quotidienne et c’était parfait.

En route vers la Roumanie

Je suis parti à ma 3e journée à Novi Sad, un court séjour. Le temps filait pour moi pour me rendre à Paris et j’avais maintenant comme objectif de faire le tour de la Transylvanie avant de m’arrêter à Budapest. Je m’en allais donc ainsi vers la frontière roumaine, un bon samaritain à la fois. Comme je l’ai dit dans un article précédent, une des pires pertes de temps dans un parcours d’auto-stop, c’est de se faire laisser à l’entrée d’une ville que tu dois initialement traverser. Le dude qui m’a débarqué à Zrenjanin, une ville près de la frontière Serbie-Roumanie, m’avait payé un diner dans un resto juste avant donc j’étais gêné de lui en demander plus. Je me devais donc de traverser la petite agglomération pour continuer mes démarches d’auto-stop. J’ai pris l’autobus, en tentant de faire comprendre que je voulais seulement prendre l’autoroute de l’autre côté. Ce n’est pas une mince affaire quand personne ne parle anglais. Les gens n’avaient juste pas l’air de comprendre ce que je foutais là. Un gars d’environ mon âge tentait de m’aider du mieux qu’il pouvait et m’a conseillé de le suivre au prochain arrêt parce que son père pourrait m’amener à l’entrée d’autoroute. Je l’ai suivi jusqu’à chez lui où presque toute sa famille était présente. Seule sa sœur parlait un anglais intelligible, une jeune fille de 20 ans avec son bébé dans les bras. Ils étaient assez pauvres, le père travaillait dans une usine, la mère je n’en sais trop rien. C’était un peu comme des bougons serbe, mais ils étaient tellement gentils! Je me sentais comme une vedette internationale de passage chez eux juste parce que je leur ai dit que je voyageais autour de l’Europe sur le pouce. En fait, je crois que je leur aurais simplement dit que j’étais canadien et ils auraient quand même été émerveillés. Ils me posaient pleins de questions autour d’un plat de bouchées de salami sur pain en hors-d’œuvre et une des filles m’a même pris en photo pour publier sur le groupe Facebook de la ville. Ils étaient vraiment heureux et ça me faisait chaud au cœur de les voir aussi excités. Après quelques photos, son père me donne 3 bouteilles d’eau, un sac de sandwichs au salami, et un t-shirt de Iron maiden avec une casquette de bière en cadeau, et il m’amène directement jusqu’à la frontière roumaine en voiture. Une expérience d’auto-stop que je n’oublierai pas de sitôt et de nouveaux amis Facebook dont je garde encore contact.

Au moment d’écrire ces lignes, je me demandais si j’avais assez de contenu pour parler de la Serbie en un article parce que je n’avais visité que seulement deux endroits. C’est finalement les rencontres anecdotiques qui auront rempli les pages. La Serbie c’est donc un pays avec un passé impressionnant et dont la culture métissée donne un caractère profond à ses habitants. Ce fut un des plus courts séjours que j’ai faits, mais j’ai eu l’impression d’y rester des semaines avec toutes les péripéties qui sont survenues. Allez-y pour son dynamisme, ses festivals de musique et pour les personnes qu’on y rencontre, sans parler de ses femmes réputées pour être les plus belles de toute la péninsule balkanique. Pour moi, c’est maintenant la Roumanie qui m’imposera ses charmes au-devant de ma route.

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