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Le Colorado, l’éden des montagnes – Chapitre 5 (partie 1)

Streetart of Denver

Le Colorado, l’état des montagnes, du plein air, du ski, de la randonnée et, bien sûr, du cannabis. Après avoir traversé le très ennuyeux Midwest, on est excité de faire notre entrée dans ce très attendu État des Rockies. Nous nous sommes rencontrés il y a plus de 18 mois de ça dans les Rocheuses canadiennes et c’est donc avec joie que nous retrouvons cette magnifique chaîne de montagnes qui nous a fait vivre tant d’aventures. 3 semaines de découverte du grand air américain.

Denver nous fait bonne impression dès le début. Pour s’y rendre, un vétéran de l’armé nommé Josh nous prend sur le pouce à Fort Collins, nous invite manger à un restaurant mexicain, puis nous amène au fameux Red rock theater, un amphithéâtre naturellement formé par de massifs rochers de grès rouge qui peut accueillir jusqu’à 9500 personnes et qui a vu se produire en concert des légendes comme les Beatles, U2, Coldplay, etc. Josh, tel un papa gâteau en weekend, prend même la peine de venir nous chercher après notre visite pour nous conduire à la station de tramway. Que dire de cette belle introduction aux merveilles du Colorado.

Notre papa gâteau Josh
Notre papa gâteau Josh

Denver est une grande métropole qui nous ouvre les portes de l’Ouest américain. La Mile High City nous a surpris par son relief relativement plat et son climat aride. Le paradoxe, c’est qu’elle se trouve sur un plateau alpin qui la situe à une altitude de plus de 1500 m, un peu plus haut même que Lake Louise, la localité la plus élevée du Canada.

Au loin, on distingue les montagnes des foothills qui rappellent notre proximité avec la glorieuse chaîne des Rockies. À seulement 1 heure de voiture, on se retrouve en pleine nature en train de monter un sommet ou de descendre les pentes escarpées d’un centre de ski. Ce n’est pas pour rien qu’autant d’amateurs de plein air de partout aux États-Unis s’y sont installés! La moitié des autos que l’on croise arborent une plaque d’immatriculation étrangère. Denver est une ville hip, jeune, qui a le plus grand taux de croissance démographique du pays notamment grâce à un autre facteur, l’industrie du Cannabis. Celle-ci a amené à l’état des revenus fiscaux de plus de 1 milliard de dollars depuis la légalisation en 2014.

Notre couchsurfeur Ryan habite River North (Rino). C’est LE quartier branché de Denver, un ancien arrondissement industriel qui s’est récemment revitalisé, un peu comme le quartier Griffintown à Montréal. Les microbrasseries et leurs terrasses bondées d’hipsters apparaissent à chaque coin de rue. Les dispensaires de cannabis font remarquer leur présence d’une manière étrangement subtile et les petits cafés abondent afin que les jeunes professionnels armés de leur MacBook puissent s’y réfugier. Les murs des ruelles sont couverts d’œuvres de streetart qui rend une atmosphère sexy. Cette croissance économique soudaine amène aussi quelques inconvénients, la rapide augmentation des prix. Rino était auparavant un quartier habité par une modeste population. Au fur et à mesure que des nouveaux arrivants plus aisés sont venus s’installer, le tarif des loyers a commencé à foisonner ce qui force les habitants à bouger. C’est un phénomène qui prend de l’ampleur partout dans la ville qui voit également son nombre de sans-abris croître.

L’appart de Ryan est super moderne de style industriel avec une vue superbe sur le centre-ville et ses montagnes au loin. Notre hôte est aisé, il travaille comme programmeur pour une compagnie de pétrole. Sa cuisine étant spacieuse, nous cuisinons avec lui à chaque repas. Un soir, il nous amène jouer un tournoi de beer-kickball avec quelques-uns de ses collègues. Le jeu, qui s’apparente beaucoup au baseball, mais en bottant un ballon plutôt que de frapper une balle, consiste à jouer sans renverser la bière dans son verre. Une fois vide, c’est temps mort et l’arbitre le remplit de nouveau. C’est un sport dans lequel on gaspille plus de boisson qu’autre chose au final, mais quand même très divertissant! Après le match, on se rejoint tout le monde au bar pour une partie de « flip the cup »! On se croirait dans un party de fraternité universitaire.

On est resté près d’une semaine à Denver et, sérieusement, on aurait séjourné plus longtemps tant c’est une ville vibrante. La prochaine étape pour nous c’est notre entrée dans les montagnes Rocheuses avec la ville de Vail comme première destination. Vail est une ville de villégiature un peu comme Banff. Elle comprend le plus grand centre de ski aux États-Unis ce qui fait en sorte que beaucoup de touristes s’y rendent. Le village en lui-même est très dispendieux, mais nous ne sommes pas très impressionnés par son aspect alors que nous avons déjà visité d’autres villes semblables au Canada comme Whistler ou Banff. L’architecture des bâtiments du centre-ville est copiée sur le style néo-germanique des régions alpines de Suisse, d’Autriche et d’Allemagne avec des structures à colombage et des ornements en bois.

Bien que les Rocheuses américaines se trouvent à une plus haute altitude que les canadiennes, les montagnes ne semblent pas s’élever aussi haut. En effet, la dénivellation de 12-13-14 mille pieds n’est pas aussi élevé que certains autres monts canadiens du fait qu’on se trouve déjà sur un plateau montagneux (Vail est à 2485 m). Une autre cause, le retrait des glaciers, il y a entre 6 et 10 mille ans, a plus considérablement sculpté les montagnes du nord de la chaîne que celles du sud. N’empêche que ces éminences restent tout de même très impressionnantes. Notre hôte Couchsurfing Hala habite dans un beau duplex au pied des montagnes. Elle et son coloc Ryan sont sympathiques, mais ils travaillent beaucoup ce qui nous permet au moins d’avoir un peu d’intimité et de temps pour s’occuper de nos choses et visiter les environs tranquillement. C’est bien aussi de pouvoir déposer ses lourds bagages quelque part et ainsi pouvoir s’adonner aux randos souhaitées comme celle de Piney Lake à une vingtaine de kilomètres du village dans la montagne. C’est notre première vraie randonnée depuis que nous avons quitté le Canada et ça fait un bien fou de se retrouver en pleine nature.

Notre petite anecdote cette journée-là, c’est que nous revenons de notre marche assez tard à 20 h et c’est déjà la pénombre. 5 heures à pied nous séparent du village, il fait froid à cette altitude sans tente ni sac de couchage et peu de voitures reviennent à cette heure-là. Pas le choix, il faut avancer. Nous marchons pendant 2 heures, un peu effrayés de croiser un ours ou un cougar sur notre chemin, jusqu’à ce qu’un couple qui n’a pas réussi à se trouver un terrain de camping de libre s’arrête pour nous prendre. La prochaine fois, on se prépare pour toute éventualité.

Après 3 jours passés à Vail, nous partons direction nord pour le parc national des montagnes Rocheuses faire une autre session de randonné. Heureusement, Hala accepte qu’on puisse laisser une partie de notre fardeau chez elle durant ce court séjour. Le pouce au Colorado est vachement plus facile que dans le Midwest. Nous n’attendons rarement plus de 20 minutes. Nous pensons que c’est la mentalité plus relax des habitants des montagnes qui fait en sorte qu’ils sont plus ouverts envers les « hitchhikers ». Un des conducteurs qui nous embarquent, un homme d’affaires excentrique, file à pleine vitesse sur l’autoroute dépassant les autres voitures une à une et nous demande de lui préparer des cocktails de vodka avec ce qu’il a à l’arrière. Rox lui en concocte un, mais on commence à être moins à l’aise lorsqu’il en désire un autre. Heureusement, il nous débarque à la jonction peu longtemps après.

Nouvelle tactique de pouce!
Nouvelle tactique de pouce!

Estes Park est la plus grande agglomération par laquelle on peut avoir accès au parc national. C’est une ville touristique, un éden pour les amateurs de plein air. Nous voulons y aller pour le grand coup. Traverser l’entièreté du parc de Bear Lake non loin d’Estes jusqu’à Grand Lake 30 km plus loin en enjambant du même coup Flattop mountain, un sommet de plus de 12 000 pieds avec 2850 ft. de dénivelé. C’est notre plus long trek d’une journée et nous espérons arriver à Grand Lake avant la tombée de la nuit. Les premiers 7 km s’imposent durement pour se rendre au sommet, plus particulièrement lorsqu’on atteint les 4000 m d’altitude. L’oxygène se fait plus rare et mettre un pied devant l’autre devient un vrai défi. La vue est cependant incroyable. On croise Dream Lake et Emerald Lake qui se trouvent justes en dessous de nos pieds depuis le sentier beaucoup plus haut. L’eau limpide reflète les montagnes qui la surplombent. Beaucoup d’autres randonneurs s’agitent sur notre chemin, dont deux Israéliens avec lesquels ont fait connaissance. Ils ont notre âge et ont décidé de faire le tour de l’Ouest américain à la fin de leurs études. Leur parler est cependant difficile avec notre respiration haletante. Au sommet de Flattop, la vue est imprenable. On peut voir jusqu’aux vastes plaines du Colorado à l’est et on arrive presque à distinguer Grand Lake au loin qui se trouve encore à 8 heures de marche environ. On mange, on discute avec nos nouveaux amis qui eux doivent rebroussent chemin de retour à Estes et l’on entame la descente.

Nos nouveaux amis Israéliens
Nos nouveaux amis Israéliens

À peine a-t-on marché 100 m qu’on aperçoit un peu plus bas un énorme troupeau de wapitis. Ils devaient être au moins 50 avec quelques mâles armés de grands panaches en mode protection à l’arrière. Même avec notre approche plus ou moins silencieuse, ils restent impassibles. Certains s’écartent cependant. Les petits se poursuivent et jouent sur un des bancs de neige éternelle. C’est absolument adorable!

Les wapitis nous souhaitent la bienvenue dans les montagnes Rocheuses!
Les wapitis nous souhaitent la bienvenue dans les montagnes Rocheuses!

Nous empruntons un tronçon de la Continental Divide Trail pour nous rendre à Grand Lake. C’est un gigantesque sentier qui relie le Canada au Mexique en longeant la chaîne des Rocheuses. La portion sur laquelle nous sommes est parmi les plus ardus de toute la trail et avec raison. Nous marchons près de 30 km en 12 heures et nous sommes exténués, les jambes en compotes. Pour les marcheurs de la CDT, c’est encore de la p’tite bière.

Alors que nous entamons les trois derniers kilomètres de cette interminable expédition, nous décidons d’arrêter pour la nuit sur un site de camping. Personne ne s’y trouve… Sauf un énorme orignal mâle qui broute juste à côté du terrain. La période de rut approche et ses bois nous paraissent menaçants. C’est la première fois que je vois un mâle d’aussi proche. En cette période de l’année, les orignaux peuvent se montrer agressifs et protecteurs de leur territoire. Il est encore loin, il a sans doute senti notre présence, mais n’a pas bronché. On le laisse tranquille et l’on décide de terminer notre route. Pas le temps de se faire empalé par une bête ce soir aussi majestueuse soit-elle.

On arrive à Grand Lake, il fait nuit déjà. Nous croisons à la sortie du sentier une belle auberge perchée sur la falaise. C’est alléchant après une telle journée de marche, mais il est sans doute trop tard pour une réservation. Nous verrons demain. De peine et de misère, on plante notre tente dans un parc public et l’on s’endort en un rien de temps.

Au matin, nous nous rendons à l’auberge que nous avons vue la veille. On apprend que c’est un écologe nommé Shadowcliff qui donne l’exemple de bonnes pratiques de développement durable et fut bâtit par des centaines de bénévoles à travers les années. Super impliquée dans la communauté, elle accueille des retraites de yoga, de méditation et des ateliers de toute sorte. La vue sur Grand Lake est absolument superbe, une des plus belles de la ville et le décor intérieur en bois est chaleureux. Un candidat idéal pour une collaboration! Ce que nous avons réalisé à quelques reprises depuis le début de ce voyage, c’est de créer du contenu multimédia et de la publicité sur nos réseaux sociaux pour des sites touristiques à forts caractères durables en échange de gratuités. La manager de Shadowcliff a accepté avec plaisir et nous invite pour une visite guidée de la propriété. L’auberge est selon les bénévoles que nous rencontrons, un sanctuaire des montagnes. On le sent aussi, la tranquillité, l’incroyable vue et même les visiteurs dont plusieurs relèvent le défi de la Continental Divide du nord au sud ou l’inverse. Ce sont des randonneurs expérimentés à la barbe longue, un accoutrement pragmatique tout comme leur backpack et un regard dans lequel on sent la fatigue se faire surmonter par la passion. Des hommes et des femmes qui ont pris quelques mois de leur vie pour marcher 5000 km dans les montagnes. Une fille de notre âge nous dit; “ I’ll take it easy today, maybe 15 miles. ” Nous venions d’en arpenter 18 et on le sent encore dans nos jambes! C’est tellement inspirant de rencontrer des gens avec autant de volonté. Ça donne le goût. Un jour, peut-être.

Après 4 jours passés à Grand Lake, nous retournons à Vail chercher nos affaires et y restons 2 nuits chez un autre hôte Couchsurfing. Les choses vont drôlement bien, nos rencontres sont enrichissantes, nous profitons de ce que la nature du Colorado a à offrir, on vient d’établir une collaboration professionnelle avec un hôtel, nous n’avons pas à nous plaindre de rien. Cependant, en défilant mon fil Facebook en ce début septembre, je vois mes amis qui se présentent pour une nouvelle rentrée scolaire à l’université ou au cégep, certains entament la dernière année de leur bac dans leur quotidien au Québec. Une vague de nostalgie m’envahit. Aussi étrange que ça puisse paraître, en plein voyage d’une vie, je me demande si je ne suis pas en train de gaspiller mes plus belles années de celle-ci. Manquer des années d’études universitaires, les partys étudiants, les soirées entre amis, s’entourer d’un cercle social stable. C’est peut-être ce dernier qui me manque le plus, pouvoir compter sur ses proches dans son quotidien. Une grande remise en question m’est venue ce jour-là et j’en ai discuté avec Rox. Est-ce que ça vaut la peine? Sommes-nous fous de partir aussi longtemps en laissant absolument tout derrière? Notre projet ne va-t-il même peut-être jamais fonctionner? Et l’argent? Qu’allons-nous faire une foi de retour complètement broke? Ça fait déjà 4 mois qu’on vadrouille. Peut-être que c’est assez, mais en même temps, c’est une décision terriblement difficile à prendre. Nous ne referons sans doute jamais un projet de la sorte. Retourner à l’université pour de nombreuses années, retomber dans sa routine, pouvoir prévoir ce qui m’attend la semaine prochaine. Ça fait 3 ans que je n’ai pas connu ça, est-ce que je suis prêt? Rox est du même avis, nous éprouvons les mêmes sentiments. À un certain moment, on est pratiquement convaincu. Le soir venu, on regarde les billets de Greyhound de Denver à Montréal. On a beau revenir, on va quand même rester fidèle à notre défi sans vol. 200 $ seulement pour deux allés, wow! On en est là. Sortie de nulle part, du jour au lendemain, la possibilité d’un retour au Québec n’a jamais été aussi concrète. On se regarde les yeux dans les yeux, la page web de réservation de Greyhound ouverte devant nous; « C’est fini? »

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