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Le Colorado, l’oasis du cannabis – Chapitre 5 (partie 2)

Le southwest wilderness experience

La décision avait été prise. Une vague de doute nous avait envahis lors de notre second passage à Vail au Colorado. Étais-ce le bon choix de faire ce voyage sur une si longue période de temps, d’être séparé de familles et amis alors qu’ils continuent leur vie quotidienne au Québec? Avoir le temps et la volonté d’entamer un tel projet intervient dans nos vies en ce moment même, et ce serait terriblement dommage de mettre tout ça de côté par peur. Nous décidons donc de continuer notre route vers l’ouest en passant par le sud du Colorado. Un épisode dans lequel nous serons témoins de l’honnête hospitalité des habitants du Centennial state un joint entre les doigts.

La première destination sur notre liste est le Great Sand Dunes National Park à près de 300 km au sud. Nous empruntons la highway 285 pour s’y rendre en passant par Leadville, la plus haute localité de l’état. La route est scénique dans la vallée de la rivière Arkansas. On aperçoit le Mont Elbert, le plus haut sommet du Colorado, au loin sous les nuages d’un gris menaçants dont nous évitons tout juste leur froide averse. On voit aussi le paysage changer. Nous passons des grands conifères aux arbustes et cactus qui annoncent notre approche du Nouveau-Mexique.

En fin de journée, nous arrivons à Monte Vista à quelques kilomètres du parc national. Nous étions censés séjourner chez un couchsurfeur à Alamosa, la ville voisine, mais la communication s’est rompu de son côté le soir même. Sans option, dans cette petite ville de 4000 habitants, nous partons à la recherche d’un endroit où monter notre tente. On tente pour la première fois de faire le porte à porte pour demander un coin de jardin où s’étendre. Nous passons devant une maison dans laquelle on aperçoit par les grandes fenêtres une sorte de réunion de famille. On se dit qu’un groupe de personne serait moins effrayé qu’une personne seule et l’on va cogner. Il faut être confiant dans ce genre de situation et cacher sa timidité même si l’on a l’air de deux sans-abris. L’ensemble du groupe de personnes dont deux enfants se retournent, clairement sur leur garde avec des points d’interrogation dans les yeux. Un homme nous ouvre et on lui explique avec notre plus beau sourire notre venu; « Good evening sir! We are two canadian backpackers and we are stuck in this city for the night. Is there any way we could pitch our tent on a corner of your yard for the night? » Il nous répond avec gaieté; « Sure! You can lay here in front of the house it’s pretty flat. » Génial! Ça fait du bien d’avoir un endroit sûre où dormir.

Demander est la chose la plus simple à faire lorsqu’on se retrouve dans la merde.

Notre spot de camping urbain
Notre spot de camping urbain

Le lendemain, on se rend à Alamosa pour rejoindre le parc. Autre défi que nous devions relever alors que nous n’avons pas d’hôtes, c’est de trouver un endroit où déposer nos lourds sacs à dos. Encore une fois, demandez et vous recevrez. Nous nous rendons à un hotel cheap pour se renseigner si nous pouvions laisser notre fardeau pour quelques heures. L’hôtesse, tout sourire, accepte de les mettre derrière son comptoir avec plaisir ce qui nous soulage.

L’auto-stop s’avère encore une fois fructueux. Un homme dans sa jeune cinquantaine, un Texan au cheveux long en broussaille, polo de sport et lunettes fumés s’arrête en nous interloquant; « Hey! Do you guys have weed!? » On lui répond par la négative. – « Doesn’t matter, hop in! » Qu’il dit en nous invitant dans sa Toyota. Rick est un phénomène. Un Texan typique venu dans la région pour visiter sa nouvelle fréquentation, une jeune femme pulpeuse dans la vingtaine dont il nous montre des photos avec fierté; « The old guy is still rocking it! » On fume avec lui alors qu’il nous amène à l’entrée du parc national. Il nous parle de son état natal avec patriotisme en décrivant les steaks de 70 oz qu’on peut manger dans la ville où il a grandi. On dirait presque qu’il est conscient de l’absurdité de la chose et crie de sa voie roque de fumeur à l’occasion comme dans une sorte d’autodérision de sa propore allégance à l’Oncle Sam; « America! » Tellement drôle, c’est la rencontre la plus américaine que nous avons eu jusqu’à présent.

Il nous accompagne dans notre visite des dunes, lui-même n’y avait jamais encore été. C’est encore plus impressionnant qu’on avait imaginé. Les monticules de sables sont gigantesques, la plus haute fait 229m! En faire l’ascension nous prend une bonne partie de l’après-midi. Rick ne fait même pas 200m qu’il rebrousse chemin, clairement pas dans la meilleure de sa forme. Nous ne réussissons pas à gravir le sommet car un orage se dessine à l’horizon. Ce n’est clairement pas l’endroit idéal où se trouver lorsqu’on entend le bruit fracassant du tonnerre qui approche. Les cheveux de Rox s’élèvent dans les airs à cause de l’électricité statique. Ce n’est pas bon du tout. Heureusement, on revient à temps avant que le déluge ne nous tombe dessus.

Le soir venu, on quitte Alamosa direction ouest vers Durango. Un vieux couple d’anglais nous mène à South Fork avant la tombée du jour. C’est une petite ville sur le bord du Rio Grande où nous décidons de s’arrêter pour passer la nuit en camping sauvage. Nous passons rapidement à la petite épicerie du village lorsqu’un homme, curieux à la vue de nos gros backpacks, nous demande où l’on s’en va. « We’re going to Argentina! » S’exclame Rox comme si cela valait de soi. Surpris, mais d’autant plus curieux, il nous invite gentiment chez lui de l’autre côté de la route.  Mike est un autochtone d’une cinquantaine d’année d’origine Ute, la tribu dominante au Colorado. Petit de taille et avec un sourire accroché dans son visage en permanence, il habite avec sa femme un chalet en rénovation au bord de la rivière. Un endroit idéal pour avoir la paix et contempler la nature. À notre arrivé, son petit chien hyperactif trop mignon nous accueil avec de petits jappements et des coups de langues. Un adorable Taz le diable de Tasmanie mais en miniature. Mike nous invite à s’installer dans la chambre au deuxième et de prendre une douche tandis qu’il s’affaire à aller pêcher de la truite pour le dîner. Le repas était délicieux. Il avait même fait cuire des côtes levées bien juteuses sur le grill avec du chili vert en accompagnement. Même si nous ne sommes pas de gros consommateurs de viande, on refuse rarement ce qu’on nous offre. On discute longuement le ventre plein et une Coors Light à la main à propos de notre Québec d’origine et l’on en apprend beaucoup sur les nombreuses tribus autochtones du sud-ouest. La nuit avait de plus été très récupératrice.

Le lendemain matin, on remercie notre hôte et on reprend la route direction Durango. Vers les 14h, nous sommes en bonne position pour rejoindre notre destination en avance. À Pegosa Springs, un père de famille avec son fils nous prenne sur le bord de l’autoroute. Le petit blond de 3 ans a la parole facile tout comme le père et ce dernier nous amène chez lui pour le dîner. Deux fois en deux jours, incroyable! Mike (encore un autre), habite une petite maison rustique à flanc de montagne. Il vit avec sa femme, son fils et son frère comme voisin. On mange bien, on boit et on fume bien entendu. Presque tous les habitants du Colorado que nous avons rencontré sont des « stoners » et Mike n’en fait pas exception, toujours avec sa pipe remplie de fleurs dans sa main. Ils finissent par nous inviter à rester chez eux pour la nuit et l’on installe la tente sur la cour arrière.

Nous sommes chanceux d’être témoins d’autant d’hospitalité!

Au matin, la petite famille qui devait se rendre au Nouveau-Mexique nous conduisent jusqu’à Durango. C’est une ville typique du Far West avec une architecture qui sort direct d’un film de John Wayne et un train à vapeur remis en fonction pour les touristes amateurs de Western. C’est qu’en fait, Durango a vu plusieurs tournages de ces fameux films sur son fief tel que Butch Cassidy and the Sundance Kid et Maverick Queen.

Bien sûr, on est encore au Colorado l’état du plein-air, et Durango n’en fait pas exception. On peut autant s’adonner au Rafting sur la rivière Animas que faire du ski dans les montagnes environnantes l’hiver venu. Durango est la perle du sud du Colorado.

Durant notre séjour, nous avons dormis au Rochester hôtel grâce à une offre de création de contenu de notre part. C’est un hôtel de luxe dans le centre-ville réputé pour sa thématique des films western. Toutes les chambres sont décorées à la manière d’un film qui leur est attitré. Nous dormions dans l’épatante chambre Viva Zapata. Le déjeuner était inclus et quel repas! Un matin une omelette aux champignons et l’autre de délicieuses crêpes aux bleuets, tous cuisinés avec des ingrédients locaux et organiques. Ça fait certainement changement des nombreuses nuits passés en camping sauvage!

Après le Rochester à Durango, on repart sur un autre projet de création de contenu près de Pegosa Springs un peu plus à l’est. Au beau mileu de la chaîne de montagne de San Juan se trouve le Southwest wilderness experience. C’est un site de camping qui s’est attribué le nom de Bud and Breakfast, Bud pour les fleurs de cannabis. Le concept est assez original, chaque jour à 16h20, le propriétaire arrive au campement avec 3 sortes de fleurs de cannabis différentes, sativa, indica et hybride, et des space cakes fait maison pour une dégustation haute en THC. Le lieu en lui-même est arcadien. On est situé dans une vallée entourée d’immense pique rocheux qui nous réconforte, nous protège. Nous dormons dans un grand tipi avec un foyer à l’intérieur pour nous réchauffer en ce début septembre frisquet et, pour ajouter au caractère rustique, les proprios ont aussi un élevage de lamas qu’ils mettent à la disposition des visiteurs pour des excursions en montagne. C’est difficile en fait de trouver un camping aussi insolite!

La dernière étape de notre exploration du Colorado, c’est la petite ville de Cortez par laquelle on rejoint le parc national de Mesa Verde, le fameux site où l’on peut admirer les anciennes habitations troglodytes millénaires des tribus indigènes de l’époque. Sur la route, on se fait embarquer par un autre homme qui voulait nous inviter à dormir chez lui, un grand chalet dans les montagnes surplombant Durango. C’est le genre d’offre qui ne se refuse pas, mais nous avions déjà passé bien assez de temps dans cette région et il est temps de tracer un peu. Il nous a tout de même offert de la viande de chevreuil qu’il avait tué par accident sur la route et nous lui avons échanger avec nos space cakes du Bud and Breakfast. Les habitants du Colorado sont définitivement très généreux.

Cortez n’est pas spécialement admirable. Une ville commerciale qui vit du tourisme du parc national. On y est tout de même resté 3 nuits, la première fut en tente sur le terre-plein d’un parking de Walmart où on s’est fait réveiller en pleine nuit par les arroseurs. C’est probablement la seule chose qui nous a marqué de cette ville.

Cortez, Colorado
Cortez, Colorado

En revanche, Mesa Verde est impressionnant. Il est retiré à une heure de l’autoroute sur le plateau du même nom. Nous avons fait du stop pour s’y rendre malgré qu’on nous eût avertis que ça ne se faisait pas. Juste pour contredire, la première voiture qui passe s’arrête, des touristes de l’Iowa dans un gros pick-up qui nous font monter dans la boîte à l’arrière. La meilleure place pour admirer le panorama qui défile devant nous, la vaste vallée désertique de Montezuma bordé par les pompeuses montagnes de la San Juan qui annonce notre sortie de la chaîne des Rockies et de l’état du Colorado.

Une fois là-bas, nous nous dépêchons pour visiter les sites archéologiques et le musée du parc qui relate l’histoire. Ces habitations insolites construites à même les falaises des canyons des mesas (plateaux montagneux en espagnol) ont été fondé il y a environs 1000 ans par le peuple Pueblo, ancêtre des Navajos et des Utes. Ce sont des merveilles architecturales, œuvres d’une civilisation avancé, qui ont nécessité des siècles de développement. Les plus grandes infrastructures comme celle de Cliff Palace que nous sommes allés visiter peut contenir jusqu’à 200 pièces, un véritable village! Malheureusement, en ce Samedi, c’était rempli de touriste et puisque nous ne pouvons visiter la plupart des sites archéologiques sans être accompagné d’un guide et les 50 autres visiteurs qui ont pris le même tour que nous, ça rend la visite certainement moins agréable. C’était quand même impressionnant de pouvoir admirer ce palace encastré.

Mesa Verde, une des merveilles du Colorado
Mesa Verde, une des merveilles du Colorado

Malheureusement, le parc est menacé par les feux de forêts qui deviennent de plus en plus récurrent et cause de l’érosion accéléré.

La bonne conscience de chaque visiteur est donc requise pour préserver cette merveille.

Les ravages des incendies de forêt
Les ravages des incendies de forêt

Nous dormons une seule autre nuit à Cortez, notre dernière au Colorado. Une nuit de récupération bien mérité avant de reprendre la route pour le vaste désert du Nord de l’Arizona. C’est à présent le célèbre Monuments Valley et le légendaire Grand Canyon qui seront dans notre mire dans le prochain chapitre!

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