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Repenser le tourisme à l’ère du Covid-19

Tourisme international

Il y a encore 3 mois de cela, le tourisme avait un accès illimité à n’importe quelle région du monde. On pouvait encore se faire dorer la bedaine pour quelques centaines de dollars sur une plage de la République Dominicaine. Un Parisien pouvait prendre son weekend et s’envoler à Barcelone pour le même prix qu’un plein d’essence et revenir à temps pour rentrer au bureau le lundi. En janvier, on voyageait nous-mêmes encore en Californie alors que l’Asie vivait dramatiquement le début de la crise et rien ne pouvait être plus normal. Tout ça a bien changer en l’espace de quelques semaines où l’on s’est rapidement retrouvé confiné dans un rayon d’un kilomètre de chez nous. Cette situation, quoique tragique pour des voyageurs compulsifs comme nous, amène pourtant à voir distinctement les limites d’un privilège devenu droit inaliénable pour plusieurs. Ce n’était qu’une question de temps avant que la norme des 100 000 avions s’envolant quotidiennement ne frappe un mur. Peu auraient prédit qu’il se trouvait déjà à notre nez. 

En Janvier, on était en Californie lorsque la pandémie a commencé
En Janvier, on était en Californie lorsque la pandémie a commencé

L’industrie du tourisme se retrouve avec un « worst case scenario » sur les bras. Près de l’entièreté des pays de la planète ont imposé des restrictions sur les voyages internationaux si ce n’est pas des fermetures complètes des frontières. L’office mondial du tourisme prévoit une baisse de 60 à 80 % des déplacements touristiques et les destinations pourraient perdre jusqu’à 1 trillion de dollars en plus des 25 millions d’emplois dans ce secteur qui se sont envolés seulement en avril.

Bien que l’Amérique du Nord ou encore l’Europe possèdent une économie assez diversifiée pour survivre de ces pertes, d’autres pays moins développés du Sud dépendent presque entièrement du tourisme pour faire rouler leur économie et sont d’autant plus vulnérables face à cette crise. Les îles des Caraïbes par exemple comme Barbuda ou Saint-Martin qui se remettent à peine des Ouragans Irma et Maria en 2017 ont vu leurs principaux revenus fondre comme neige au soleil. Ils n’ont pas non plus le même luxe d’opter pour un déconfinement qui les rendrait encore plus vulnérables. 

Au Québec, les régions éloignées comme la Gaspésie se retrouve dans le brouillard pour leur saison estivale dont ils dépendent énormément pour le tourisme. Ils ne peuvent se permettre de voir le nombre de nouveaux cas augmenter non plus, ce qui les places sous une épée de Damoclès plutôt menaçante.

Pour combien de temps encore ferons-nous les funambules entre la faillite et une hécatombe pandémique? Une chose est sûre, c’est que même lorsque ça se calmera, le tourisme global prendra bien du temps à reprendre de la vitesse et, comme l’après 11 septembre, les protocoles dans les aéroports et les hôtels seront beaucoup plus restrictifs.

La Gaspésie est une région dépendante du tourisme
La Gaspésie est une région dépendante du tourisme

C’est quand même ironique qu’une des industries qui souffre le plus de la crise soit celle qui l’a en partie propagée. Dans un monde aussi interconnecté que le nôtre, c’était tout à fait futile au mois de janvier de croire que l’épidémie resterait en Chine. En seulement un vol de 12 heures, surprise! Covid vient de sortir de l’aéroport de Seattle et a déjà infecté 3 autres personnes. Le timing ne pouvait être plus mauvais avec l’avènement du Nouvel An chinois au début janvier qui a étalé l’épidémie à l’intérieur de la Chine et ailleurs dans le monde. Selon le New York Times, 7 millions de personnes avaient déjà quitté la région de Wuhan lors des premières mesures de restrictions des déplacements. 

Pour combien de temps encore ferons-nous les funambules entre la faillite et une hécatombe pandémique?

Lorsqu’on regarde au Québec, la province de loin la plus largement touchée au Canada, on remarque que la semaine de relâche est arrivée plus tôt qu’ailleurs au pays. Les voyageurs n’étaient pas encore conscients du danger et ont souvent ramené la maladie sans prendre les précautions nécessaires. Les touristes de plaisance deviennent donc encore une fois un facteur important de la propagation du virus et elle n’aurait probablement pas été aussi rapide il y a 30 ans.

Les aéroports, vecteurs de propagation importants
Les aéroports, vecteurs de propagation importants

Au-delà de la transmission du Covid, je n’ai même pas encore abordé les effets catastrophiques sur l’environnement et sur les lieux touristiques. Le tourisme de masse est une bénédiction pour la classe moyenne qui peut enfin bénéficier des privilèges que seuls les riches pouvaient se permettre. Les vols se sont démocratisés pour accommoder cette nouvelle clientèle, les compagnies aériennes se sont multipliées et les prix ont chuté. La classe moyenne émergente des puissances comme l’Inde ou la Chine profite aussi de cette liberté ce qui accroît d’autant plus les déplacements internationaux. 

Le tourisme de masse est une bénédiction pour la classe moyenne qui peut enfin bénéficier des privilèges que seuls les riches pouvaient se permettre.

Une étude publiée dans Nature Climate Change en 2018 estimait à 8 % les gaz à effet de serre émis par le transport aérien par rapport au niveau global. Tout ça, c’est bien sûr sans compter les autres nuisances aux communautés locales comme les déchets, les plages et les rues bondés, l’augmentation des prix des commodités dans les zones touristiques et la dévitalisation culturelle de ces mêmes lieux. La pression immobilière générée par les plateformes comme Airbnb fait aussi en sorte d’augmenter le coût des logements dans les grandes villes ce qui entraîne le dépeuplement des centres-villes comme dommage collatéral. De nombreuses manifestations anti-tourisme avaient d’ailleurs lieu notamment à Barcelone ou Venise qui sont des destinations très prisées. Le tourisme devient d’une certaine manière un cadeau empoisonné pour les pays qui en dépendent et doivent sacrifier une part de la qualité de vie de la population pour celle des voyageurs.

Le tourisme gangrène la ville de Venise

Comme pour beaucoup de secteurs de notre société, le tourisme devra sortir plus résilient de cette crise et voir la réalité en face, il est allé trop loin. De nombreuses pistes de solutions existent pourtant. En Europe, dont l’industrie compte pour 10 % de son PIB, on pense activement à la suite. Thierry Breton, le commissaire européen responsable du marché intérieur, a proposé de créer un sommet du tourisme afin de réfléchir à un Green New Deal ou un plan Marshall (programme pour reconstruire l’Europe à la suite de la 2e guerre mondiale) « pour construire une feuille de route vers un tourisme durable, innovant et résilient ». 

Le mot clé semble être le tourisme local sur le court et éventuellement le plus long terme. L’industrie touristique des différents pays devrait dorénavant miser sur la promotion des déplacements domestiques et d’attirer les visiteurs locaux plutôt qu’inviter les voyageurs internationaux. Pour ce faire, les banques pourraient offrir des prêts à taux plus avantageux pour les compagnies touristiques en échange qu’elles travaillent sur des incitatifs de prix sur leurs services pour les locaux. Le Kenya, par exemple, a déjà mis en place un programme pour promouvoir le tourisme local afin d’accélérer la reprise de ce secteur.

Le Kenya misera dorénavant sur le tourisme local
Le Kenya misera dorénavant sur le tourisme local

Pour certains pays dont cette seule mesure ne pourrait être suffisante, c’est plutôt un problème de globalisation dont on parle. Dépendants du commerce international, ces États comme la Thaïlande n’ont pas une économie assez diversifiée pour qu’ils puissent se passer des revenus du tourisme de masse. En attendant qu’une réforme mondiale soit en place, la solution pourrait probablement se trouver vers une promotion de l’écotourisme ou du tourisme responsable. 

L’écotourisme est une notion de plus en plus étendue qui s’oriente vers le respect des populations locales et la protection des territoires explorés. Une région pourrait par exemple restreindre le tourisme purement oisif et demander aux voyageurs de donner de leur temps dans les communautés visitées par le biais de programmes décentralisés prévus en ce sens. Cela ferait en sorte de fournir une certaine main-d’œuvre à la population, d’éviter les impacts négatifs du tourisme de masse et de permettre aux touristes de vivre une expérience immersive sans compromettre l’authenticité de l’endroit.

La Thaĩlande devrait se tourner vers l'éco tourisme pour protéger son authenticité
La Thaĩlande devrait se tourner vers l'éco tourisme pour protéger son authenticité

C’est par contre les choix individuels dans ce cas-ci qui feront en sorte d’accélérer la transition. Je suis désolé pour vous mesdames et messieurs qui partez au Mexique chaque hiver avec un autre petit trip en Grèce ou en Thaïlande durant l’été, mais ce mode de vie ne peut redevenir la norme. Un seul aller-retour Montréal-Paris équivaut environ à la limite de GES qu’on devrait individuellement émettre en une année pour respecter l’accord de Paris. Certains diront qu’ils compensent leurs émissions avec des crédits carbone, mais mon opinion est que ce principe pollueur-payeur n’est qu’un autre justificatif pour continuer le même train de vie sans trop se sentir mal. D’autres proclameront haut et fort que le progrès technologique permettra éventuellement aux avions de voler en brulant moins de combustibles fossiles ou, encore mieux, avec le miracle du moteur électrique! Quand pourrons-nous bénéficier de ces prolifiques inventions? Personne n’en a par contre la moindre idée… Alors on attend?

Le voyage est et doit rester une occasion d’ouvrir ses horizons, d’aller à la rencontre de l’autre, de découvrir les différentes cultures. L’humain a besoin d’explorer et nous enlever ce droit serait un crime contre nos libertés individuelles. Voyager de façon plus responsable est cependant un choix qu’on peut faire! Partir moins fréquemment, mais plus longtemps permet de s’immerger plus en profondeur dans les communautés visitées. Réserver le petit bed and breakfast familial ou l’hébergement chez l’habitant plutôt que le méga complexe hôtelier est une autre alternative qui sera probablement moins chère au final et qui fait vivre des expériences uniques! La plateforme Vaolo donne accès à une vaste liste d’hébergement à impact positif partout dans le monde et elle ne demande qu’à être utilisée! Au-delà du voyage international, c’est le tourisme local qui doit être considéré. Il y a tellement de beaux endroits dont je suis sûr que peu d’entre vous ont exploré au Québec et dont la visite permettrait de faire rouler l’économie de votre propre province! 

Les bénévoles d'Oakland avenue farm
S'impliquer dans les communautés locales est une excellente manière d'avoir un impact positif.

Voyager est aujourd’hui une forme de consommation et survoyager revient au même que surconsommer avec ses effets nocifs. Tel que le « fast food » ou le « fast fashion » le « fast tourism » existe aussi et c’est de notre devoir de revoir notre façon d’aborder les expériences qu’on veut vivre. Le Covid, malgré la catastrophe qu’elle nous impose, nous donne l’opportunité de réviser nos anciennes habitudes et d’entamer les changements nécessaires pour que l’on puisse toujours s’adonner à cette passion dans le futur. Qui sait, peut-être trouveras-tu des destinations auxquelles tu n’avais jamais pensé!

Pour d’autres réflexions sur le tourisme de masse, jette un oeil ici!

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